Label marocanité : Sarko et le show-biz

Sarkozy est en passe de devenir totémique. S’il aspire aux plus hautes fonctions, pour incarner la rupture avec un système dont il est, en même temps et paradoxalement, le moteur, la dynamo et le chef d’orchestre, il n’en est pas moins, d’ores et déjà, un puissant point de clivage.
Avant d’arriver à avoir les moyens de procéder à la rupture avec le système, Sarkozy a entamé la rupture linguistique. Il a fait le choix de parler comme tout le monde, usant de mots que tout le monde, selon lui, comprend. Il en oublie qu’un ministre a d’abord comme fonction de parler pour tout le monde et surtout avec tout le monde.
En faisant, il a provoqué une forme de dislocation autour de lui. Il est aujourd’hui, et pour son camp, un excellent candidat de premier tour. Il aura, pourtant, fort à faire pour être un victorieux du second tour. Cela suppose l’agrégation, autour de lui, d’un rassemblement plus large que son propre camp. Cette dislocation est aujourd’hui apparente dans le monde du spectacle. Depuis les explosions de violences dans les banlieues, Nicolas provoque une forte agitation dans le micro monde du show-biz. Jamel Debbouze, enfant du Maroc et de Goscinny, demeure l’exemple le plus emblématique de cette dislocation. Dans une émission grand public, il n’a pas hésité à brocarder violemment le ministre de l’Intérieur pour lequel disait, il y a deux ans : «Moi, je vote à gauche, mais je dois avouer que Sarkozy, il a fait des trucs bien, comme la suppression de la double peine». Jamel, Joey Starr, Jean-Pierre Bacri, Lilian Thuram, Mathieu Kassovitz, Luc Besson ont choisi de s’opposer au patron de l’UMP. Pour cela, ils convoquent la jeunesse des banlieues aux urnes et à la pédagogie démocratique. Yannick Noah n’est pas en reste. Dans une diatribe censurée, il aurait affirmé que si «Sarkozy passe» lui «il se casse».
En face, les amis de Sarkozy sont en train de concocter une affiche prestigieuse d’artistes et de personnages médiatiques pour contrer l’offensive. Elle compte, entre autres, selon le Figaro, la magnifique Monica Belluci, Jean Reno, Christian Clavier, Alain Delon, Gérard Depardieu. Les comiques Jean-Marie Bigard, Pierre Palmade et Mimie Mathy. Le musicien Didier Barbelivien, la chanteuse Chimène Badi.
Seize mois avant la bagarre présidentielle, nous assistons à une forme d’affrontement de la Croisette et des marches de Cannes. Néanmoins, on peut observer, qu’à quelques exceptions près, les uns et les autres incarnent une forme de juxtaposition de la France colorée face à la France de souche
Reste le cas du chanteur Faudel qui soutient depuis longtemps le président de l’UMP. Ou Gad Elmaleh que certains veulent déjà arrimer dans le sillage du ministre. Ils ont vu dans les circonstances linguistiques atténuantes qu’a trouvées l’humoriste  en prétendant que «Racaille n’est pas une insulte, c’est un mot affectueux qu’on dit à toutes les sauces dans les banlieues». Un soutien inespéré.
Jamel contre Faudel, les prochaines présidentielles seront certainement un peu spectaculaires.

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