Label marocanité : Un étalon de populisme

Il est entendu que populiste est celui qui, dans le domaine politique, appelle au bon sens populaire et la simplicité face à la complexité des choses. D’évidence, que populiste est celui qui joue le peuple contre l’élite. Est populiste celui qui oppose, toujours avec démagogie, les petits aux «gros» et, pourquoi pas, aux «gras». Est populiste celui qui évite toute complication pour se fourvoyer dans les propositions à l’emporte-pièce et les réparties simplistes. Un populiste abhorre généralement la culture et l’excellence, méprise l’art et l’intellect et se targue du simple bon sens populaire. Le proverbe populaire se mue, chez le populiste, en théorème. Et les maximes des vieilles bonnes femmes deviennent corpus idéologique. Un populiste se pose rarement des questions. Il n’a  que des solutions. Primitives de préférence. Faciles et tout de suite applicables puisqu’elles émanent de la sagesse populaire. La morale, l’éthique, la déontologie et les scrupules, le populiste n’en a cure. Ce qui compte, c’est la victoire. Non pas des idées, mais celle du combat… électoral.
A la lecture de quelques déclarations des entretiens  d’Ouled Laroussia,  député victorieux de Marrakech, on ressent, avec désagrément, qu’on touche là, du doigt, un  vrai étalon du populisme. Au lendemain de sa victoire, il annonce, avec arrogance, que «le ciel de Marrakech est trop bas et que pour rentrer dans la ville, il faut se baisser». Depuis, il est déchaîné. Et au lieu d’avoir le succès modeste, tant sa victoire est entachée de toutes les prévarications, il n’hésite pas à sermonner, avec morgue, du haut de son mépris  tout ce qui est central, intellectuel et élites. Il n’a pas de diplôme et n’en a que faire puisqu’il y a tant de chômeurs-diplômés qui s’agitent devant le Parlement plutôt que d’être, comme lui, dedans. C’est vrai que  lui n’a qu’un «doctorat de terrain». Son ENA à lui, c’est l’Ecole nationale des astuces.  Nos deux Chambres en connaissent d’autres députés de cet acabit, certes plus discrets.
Si ailleurs le populisme est traditionnellement arrimé à une idéologie droitière, voire d’extrême droite. Au Maroc, on a comme du mal à le positionner. Des populistes, on en trouve partout, à droite comme à gauche. Le spectre politique en est truffé. Mais le populisme marocain a une autre spécificité : Il ne se présente pas comme un mouvement structuré ou un bloc homogène aspirant à conquérir le pouvoir. C’est plutôt des individualités qui font un usage massif du populisme pour conquérir leur territoire. Un populisme territorial, en somme.

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