Le café de ma mère et le chapelet de mon père

Le café de ma mère et le chapelet de mon père

Et puis vous avez les autres, ceux qui vous ont fascinés comme des étoiles, et ce sont souvent de vraies «stars» et qui sont donc, par définition, inaccessibles. Pourtant, un beau jour, si vous avez la chance de les rencontrer en vrai, vous trouvez qu’ils sont encore plus lumineux, encore plus fascinants. Et c’est ce qui vient de m’arriver récemment.

Je vous raconte. Il y a un chanteur unique que j’avais découvert alors que je sortais à peine de l’adolescence mais pas encore de l’insouciance. Avant de le connaître, j’étais déjà un admirateur dingue – aujourd’hui on dit un «fan» –  d’Oum Keltoum, de Abdelhalim, de Fayrouz, de Doukkali, d’Ahmed el Bidaoui, mais aussi, double culture oblige, d’Aznavour, de Léo Ferré, des Beatles, de Barbara et surtout de Jean Ferrat. Bref, que des grandes et que des grands. Et puis, on me «le» présente un jour, ou plutôt, on me «le» fait écouter.

J’étais tout jeune étudiant en France, en plein apprentissage de la révolte saine et de la rébellion idéaliste, autrement dit du rêve du Grand Soir. Quand j’ai écouté son premier disque, un 33 tours en vinyle qui m’avait été offert par une femme exceptionnelle qui avait débarqué du Liban en France pour y panser des plaies qui étaient encore ouvertes (mais ça, c’est une autre histoire qui mérite plus d’un roman et plus d’un film). Oui, c’est elle qui m’avait fait connaître le très grand chanteur à la voix de velours et au verbe poétique au sens sans détour.

C’est avec elle que j’avais écouté pour la première fois ses chansons magnifiques dont, entre autres , les éternelles Oummi (Ma mère), Rita w’al-Bundaqiya (Rita et le fusil) et Jawaz As-Safar (Passeport). Bien sûr, vous l’avez deviné, il s’agit de l’immense artiste Marcel Khalifa. Oui, c’est lui, que je viens de rencontrer, en chair et en os. Il faut vous dire que ce n’était pas la première fois que je le voyais puisque j’avais déjà assisté à deux de ses concerts qu’il avait donnés au Maroc, mais c’était vraiment la première fois que j’avais pu enfin le voir d’aussi près, de le saluer et même de lui parler. Cette chance et ce privilège m’ont été offerts par le Festival International du cinéma de Nador dont les organisateurs ont eu l’idée très éclairée de rendre hommage lors de cette édition à cet artiste énorme et hors normes.

C’est ainsi que j’ai pu m’asseoir à côté de Marcel Khalifa et d’échanger juste quelques mots tellement j’ai été intimidé et impressionné par lui. On pouvait le voir chaque matin et chaque soir, à l’hôtel où il séjourne avec nous, comme nous, les gens normaux et sans grand talent, et le voir parler aux gens, aux petits comme aux grands, dire un mot aux uns, offrir un sourire aux autres, et même carrément une accolade aux plus chanceux et aux plus chanceuses. A la cérémonie d’ouverture, et alors qu’on lui a demandé de dire un petit mot, il en a prononcé un vrai, un long discours tout en poésie et tout en générosité. Si je vous parle de tout cela, c’est pour vous dire que je suis aujourd’hui plus que jamais convaincu que la grandeur des grands hommes – et bien entendu, des grandes femmes – se mesure à la grandeur de leur simplicité et de leur humilité. Ce sont les petits qui se croient grands qui, du haut de leur suffisance, préfèrent rester loin de vous afin, croient-ils, vous persuader de leur importance somme toute très douteuse et très relative. D’ailleurs, cet axiome est valable aussi bien dans le domaine artistique que dans d’autres domaines comme, par exemple, le domaine politique.

Par ailleurs, cette belle rencontre m’a également fait rappeler mon défunt père qui, lui, contrairement à moi, était très pieux, nous répétait souvent que les gens prétendument importants ne le sont que dans leur petite tête et nous avait appris à ne respecter et à n’admirer que ceux qui sont les plus humbles, car ce sont souvent les plus intéressants et les plus généreux.

Merci Marcel Khalifa d’avoir nourri mes beaux rêves et d’avoir réveillé chez moi autant de bons souvenirs. Merci aussi au cinéma et au Festival de Nador de nous avoir permis de nous rencontrer. Désormais, quand j’écouterais tes chansons, je me souviendrais à chaque fois de ton immense humanité et ta gigantesque générosité.

J’ai tenu à partager avec vous ce grand moment d’émotions et je n’ai plus qu’à souhaiter à tous les admirateurs du vrai talent et de la grande simplicité un très bon week-end. Quant aux autres…
 

Un dernier mot sous forme de devinette pour rigoler un peu : pourquoi ceux qui gueulent le plus devant les plus faibles, deviennent soudainement muets devant les plus forts ?

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