Lettre de Marrakech : à la mémoire de Chaban Delmas, un ami du Maroc

Lettre de Marrakech : à la mémoire de Chaban Delmas, un ami du Maroc

«La gloire ne revient qu’à ceux qui l’ont toujours méritée », disait le général de Gaulle. A ce titre, nous pensons que cette affirmation s’applique bien à l’homme Chaban qui, comme on le verra, a bien mérité ses nominations successives et sa prestance sur le champ politique français, et ce, pendant bien longtemps. Feu Jacques Chaban Delmas, à qui la « lettre de Marrakech » veut rendre hommage aujourd’hui, était non seulement un ami de notre ville, mais aussi celui du Maroc et surtout de feu SM Hassan II pour qui il vouait « admiration, respect et grande amitié » m’a-t-il dit de sa propre voix, lors d’une réception au Château de Lassay résidence de la présidence de l’Assemblée nationale française où se déroulait ce jour du début décembre 1986, une réception en l’honneur des membres de l’Association Bordeaux-Aquitaine-Maroc. Nous étions quelques membres marocains accompagnés de notre ambassadeur marrakchi à Paris, feu Belabbas Taârji. En fait, cet homme d’envergure qu’était Jacques Chaban Delmas, l’homme à la voix nasillarde avait un grand sens du respect pour les autres, ne ménageant aucun effort pour mettre son hôte à l’aise quels que soient son rang ou sa fonction. L’homme Chaban qui s’est défini lui-même comme étant « né pour galoper », n’hésitait pas à monter quatre à quatre les marches de l’Hôtel Matignon, Après son baccalauréat, le jeune parisien Jacques Delmas, dont le père était administrateur de sociétés, entre en 1933, comme journaliste à « L’information économique et financière » tout en étant étudiant à Sciences politiques. En 1939, il épouse Odette Hamelin, fille du fondateur du journal, mais ayant divorcé rapidement, il prend en seconde noce Mme Groffray, née Iôn, que se tuera dans un accident de voiture en 1970. L’année suivante il épousera, en tant que Premier ministre, la charmante et belle Micheline que j’ai eu aussi le plaisir de recevoir à Marrakech en 1989. La vie de « monsieur » Jacques Chaban Delmas est fort intéressante à connaître, bien qu’une lettre comme celle-ci, ne peut qu’en effleurer le contenu. Réfugié à Nice en 1942, il entre dans la Résistance avec comme nom « Chaban » et il est reçu au concours d’inspecteur des Finances l’année d’après. Vu son courage et sa perspicacité, il est nommé au grade de général à l’âge de 29 ans pour diriger la libération de Paris. Après la Seconde Guerre 39-45, il sera nommé secrétaire général à l’information auprès d’un certain Gastron Deferre, futur maire de Marseille. En 1946, il adhère au Parti radical, après le départ du général de Gaulle, et se fait élire député de la Gironde, pour ensuite être élu en 1947 maire de Bordeaux poste qu’il gardera sans discontinuité en 1995, presque un demi-siècle. Cette même année 1947 verra la création du RPF (Rassemblement du peuple français) par de Gaulle, Chaban est à ses côtés et sera en 1952 le président du groupe parlementaire du même RPF. En 1954, il sera nommé ministre des Travaux publics dans le gouvernement Mendes-France. Il sera reconduit ministre d’Etat dans le gouvernement Guy Mollet (56) et surtout ministre de la Défense dans le gouvernement Gaillard (57). C’est lui qui organisera avec ses amis, Léon Delbecque et Lucien Neurwith, la mort de la IVème République et le retour du général de Gaulle au pouvoir. C’est notre ami, Jacques Chaban Delmas qui décroche le « perchoir » et qu’il gardera jusqu’en 1969. Après l’élection de Georges Pompidou à la tête de l’Etat en 1969, Chaban Delmas est nommé Premier ministre le 20 juin 1969. Mais, Georges Pompidou conservateur, lui demande de démissionner de son poste ce qu’il fera le 7/7/72, malgré la confiance que lui accorde l’Assemblée des députés. Après la mort de Pompidou le 2/4/74, Jacques Chaban Delmas pense que le moment est venu, de prendre sa revanche en se présentant à la magistrature suprême en tant que Gaulliste. Mais un certain Jacques Chirac va soutenir la candidature de Giscard D’Estaing, alors ministre des Finances. La suite on la connaîtJacques Chaban Delmas réussira à faire un nouveau mandat à l’Assemblée nationale (78-81). Après l’arrivée de François Mitterrand à la présidence en 1981, il prend la décision de se consacrer à sa ville, Bordeaux. La fin de la vie de Jacques Chaban Delmas, homme malade dont les Bordelais disent qu’il avait fait un mandat municipal de trop, car ne pouvant assumer correctement sa mission à cause de son état de santé. Il meurt dans la nuit du 10 au 11 novembre 2000. Tout de suite après, les hommages seront unanimes. Par rapport au Maroc, Jacques Chaban Delmas avait un amour et une amitié profonde qui est née de sa relation extrêmement fraternelle et respectueuse avec feu SM Hassan II. Ayant participé en décembre 1976 à une cérémonie officielle à Bordeaux de Jumping international, Chaban avait rendu hommage à notre regretté Souverain et au Maroc devant les 20.000 prectateurs. C’est ensuite que l’idée lui est venue de créer cette fameuse Association Bordeaux-Aquitaine Maroc dont le but est de réserver les liens de coopération économique, sociale et culturelle avec le Maroc et particulièrement Marrakech et Casablanca. J’ai eu l’honneur d’être membre du conseil de l’association et président pour la région de Marrakech. Sous l’impulsion de feu Chaban et du président délégué de l’association, mon ami Michel Laurent, plusieurs activités ont été réalisées durant ces longues années. Des jumelages sportifs, des échanges d’hommes d’affaires, des activités culturelles se sont succédé et ont permis de resserrer des liens forts entre Bordeaux et le Maroc. Trois manifestations fortes ont marqué ces échanges. Tout d’abord le jumelage de Bordeaux et de Casablanca qui a permis aux deux villes de réaliser plein de projets et dont le 10ème anniversaire fut célébré à Casablanca par Mr Alain Juppé qui a pris le relais de l’association. Le second fut la cérémonie de commémoration des Marocains morts pour la France et dont une exposition à Bordeaux est restée ouverte pendant plus de trois mois. Le troisième c’est une grande manifestation socioculturelle à Marrakech que Jacques Chaban Delmas est venu présider personnellement pendant trois jours du 22 au 25 juin 1999. Des aides médicales aux handicapés ont accompagné Chaban mais surtout la présence au Palais de la Bahia de l’Orchestre philharmonique de Bordeaux dirigé par Alain Lombard qui a agrémenté les soirées musicales de Marrakech et présenté par la célèbre Eve Ruggieri. Cette manifestation fut retransmise en direct par 35 télévisions nationales. Voilà le travail que Chaban offrait à un pays, à une ville qu’il aimait. Il ne ménageait aucun effort pour la réussite et le renforcement des relations entre Bordeaux et Marrakech et le Maroc en général. N’oublions pas que J. C. Delmas avait créé aussi l’Association des élus golfeurs qui réunissaient tous les hommes politiques de tout bord et qui venaient chaque année au Maroc pour passer quelques jours entre Rabat-Casablanca et Marrakech. Plusieurs Coupes de l’Amitié mettaient en compétitions amicales des joueurs de chez nous et les élus français et pas des moindres, des maires, des ministres, des députés, des conseillers municipaux… Pendant tout ce temps que j’ai connu le président Chaban, on peut constater que le comportement de cet homme était des plus exemplaires, un homme simple, souriant, agréable, un homme de fidélité et surtout de parole. A ce propos, une petite anecdote pour illustrer ce qu’est l’homme Chaban : nous étions à Marrakech, pour un séjour de trois jours dans lequel, Jacques Chaban Delmas avait accepté un déjeuner chez un ami à lui qui n’avait ni rôle politique, ni position notoire à Marrakech, c’est-à-dire un ami, le même jour, une grande personnalité nationale marocaine organisa un déjeuner-méchoui à la même heure et envoya un émissaire au président Chaban pour accepter ce déjeuner. Evidemment, Chaban refusa en rétorquant à la personne venue l’inviter : « Cher ami, vous remerciez monsieur xx mais quand on accepte une invitation chez quelqu’un ou quand on donne sa parole, on la tient ». Voilà ce que l’on peut retenir de cet homme qui m’avait dit que son bonheur et sa joie se conjuguaient quand il venait à Marrakech et même pour sa santé qui s’améliorait nettement chez nous. Alors cher ami président, cette «lettre de Marrakech » qui vous est offerte elle espère que de là-haut vous voyez bien Marrakech et surtout vos amis. Nous, on vous regrette, merci pour ce que vous avez fait pour notre ville, et reposez en paix.

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