Mieux vaut en rire : Sortez vos cahiers !

Mieux vaut en rire : Sortez vos  cahiers !

J’ai failli titrer cette chronique : «Sortez vos chéquiers !», mais j’ai eu peur que vous preniez cela au 1er degré et que vous vous exécutiez, ce qui, entre nous, m’arrangerait bien, surtout si vous mettez un gros chiffre sur ce chèque. Blague à part, c’est bien de fric que je vais vous parler aujourd’hui, beaucoup de fric, tout ce fric que chaque année, à chaque rentrée, les familles sont obligées de débourser. Pour être plus vrai et plus cru, je devrais dire «on» les débourse, on les détrousse, on les dévalise, on les dépouille. Bien sûr, je ne devrais pas généraliser, mais je puis avancer, sans trop me tromper, que certaines écoles dites privées prennent vraiment tous les parents d’élèves pour des milliardaires tout juste bons à être saignés à blanc. Je sais que ce sujet est devenu tellement un lieu commun qu’en parler ici reviendrait à enfoncer des portes ouvertes, ce qui, par définition, est un comportement ridicule. Eh bien, justement, pour une fois, je voudrais être sérieux, ou plutôt, j’aimerais bien me marrer sur le dos de tous ces profiteurs qui, sous couvert d’assurer l’instruction de nos enfants, nous font les poches dans l’impunité la plus totale. Soyons clairs : la qualité se paye, c’est très vrai, et c’est très vrai aussi que personne n’oblige personne à s’inscrire dans ces institutions de luxe. Mais, au fond, la réalité est autrement plus complexe. D’abord, commençons par évacuer cette question de qualité qui est loin d’être vérifiable ni vérifiée partout. C’est plus un choix par défaut. Je mets mon enfant dans une école privée parce que l’école publique laisse à désirer. Et je vous jure que je dis cela, le cœur meurtri et la mort dans l’âme. Car, à l’instar de milliers de Marocains et de Marocaines de ma génération et de la génération qui m’a précédée, j’ai connu (même si, en ce qui me concerne, c’était d’une manière indirecte) ce magnifique enseignement public qui a donné à notre pays tellement de cadres fabuleux et révélé tellement de génies. Or, quand je vois dans quel état il se trouve aujourd’hui – et hier déjà – je comprends parfaitement qu’on parte voir ailleurs. D’ailleurs, moi-même, il y a quelques années, j’avais fait le choix du privé pour mes enfants sans aucune hésitation et sans état d’âme aucun. Oui, j’avais les moyens de le faire, mais j’avais rencontré quelques parents qui se privaient de beaucoup de choses pour pouvoir mettre leurs rejetons dans le privé. J’ai même eu deux amis qui, l’un avait vendu sa propre voiture, et l’autre, un bien d’héritage, pour avoir la possibilité d’inscrire leurs enfants dans une école supérieure privée. Mais ce qui est encore plus dramatique aujourd’hui, c’est que je viens d’apprendre par un proche qu’il a casqué la somme de 500 DH uniquement pour que sa fillette puisse passer un test d’entrée à la maternelle ! Bon sang, mais quel test pourrait-on infliger à un gosse de 3 ou 4 ans ?! Un autre de mes proches m’a appris qu’il va payer cette année pour son petit garçon qui, je crois, entre en CP, l’équivalent de ce que j’ai payé pour mon fils en  terminale, il y a 3 ans, et ce, dans la même école ! Je ne vous dis pas le montant parce qu’il est exorbitant. Question 1 : Quelle pourrait être la valeur ajoutée qu’a rajoutée cette école en l’espace de 15 ou 16 ans pour infliger une telle augmentation de ses tarifs ? Question 2 : Combien de familles seraient capables de suivre cette terrible et infaillible inflation ? Question subsidiaire double : Que pense faire l’Etat de l’école publique, à part continuer de tâtonner, et que pense faire le peuple démuni et désuni, à part continuer de se lamenter ? En attendant des réponses qui ne viendront jamais, je vous souhaite quand même un bon week-end et, rêvons un peu, une bonne école pour tous.

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