Post-scriptum : Lettre ouverte à Karim…

Post-scriptum : Lettre ouverte à Karim…

Tu t’appelles Karim, Meryem, Saâd, Redouane, Leila…tu as 18, 20, 25 ans et tu es né(e) à Hay Mohammadi à Casa, à Sidi Bennour, à Akreuch à Rabat, à Meknès, Tétouan ou Ouarzazate…d’ailleurs, tu y vis toujours au milieu de tes frères et sœurs, tes parents, voire grands-parents, oncles ou tantes, ton horizon au quotidien est borné par « rass derb » où tu te plantes des heures durant chaque soir avec tes potes du quartier, ou bien il est limité par le four de la rue où tu portes le pain à cuire chaque jour. Peut-être as-tu trouvé un emploi et alors tu prends deux bus chaque matin pour rejoindre le magasin où tu es caissière et deux bus chaque soir pour le retour, ce qui entame sérieusement ton salaire chaque mois, tu es peut-être en Fac et tu as de plus en plus de mal à te payer les photocopies pour tes cours ou alors chaque matin tu t’assieds à la terrasse de l’unique « brasserie » de  ton village, devant un café –dans un verre, toujours- et tu regardes passer ta vie… Tu as entendu dire qu’à Casa, à Rabat ou à Tanger des jeunes de ton âge marchaient, et qu’ils marchaient « pour toi » ou « en ton nom »… ah bon ?! Tu as aussi écouté le discours de Sidna et tu as senti que quelque chose de nouveau se passait, se préparait, tu as aussi vu à la télé des pancartes, tu as entendu des slogans, tu as même vu des hommes ou des femmes « Oulidat Danone » comme tu les appelles qui parlaient de Constitution, de démocratie, de réformes…Qu’on ne te prenne pas pour un(e) idiot(e) tu comprends très bien tout cela et tu pourrais en apprendre à ceux qui s’expriment dans tous les médias, bien sûr toi, c’est en darija que tu dirais tes besoins, tes envies, tes demandes, tes propositions…et Dieu sait que tu en as des idées… mais qui te les demande ?
Par contre-tu n’as pas bien compris cet homme – un chef d’entreprise visiblement, qui avait l’air bien « confortable », ni ce politique qui semblait être déjà là quand toi tu naissais, non plus ce « barbu » qui posait à côté de cette jeune fille qui fumait…mais tu es heureux de savoir que tout ce monde « bouge » pour toi, même si tu as comme un doute ! Mais bon, accordons la bonne foi à tous ces militants, y compris ceux de la 25 ème heure ! Par contre, tu attends avec impatience qu’effectivement tu puisses avoir droit à ce service qui t’est dû sans avoir à « payer ce café » qui te privera du tien, tu aimerais – vu ton cv- être à égalité des chances avec le fils du président de la Commune dans ta recherche d’emploi et puis comme tu serais soulagé si tu n’avais plus à payer l’aiguille et le fil qui ont servi à recoudre « l’oualida » quand il a fallu l’opérer… ah, toutes ces revendications sont exprimées par ceux qui marchent ? Alors…alors pourquoi as-tu donc cette impression qu’on voudrait te faire croire que tout est possible maintenant, comme ça, sans « efforts ».Car quelque chose t’étonne : dans l’association de ton quartier, ou dans les locaux de l’ONG de ta ville, des bénévoles – ces militants là tu les connais, tu les vois au quotidien- te tiennent des propos « un peu différents », ils te parlent de tes droits mais aussi de tes « devoirs », ils t’ encouragent à « prendre en main ta vie », ils te disent de ne pas attendre que d’ autres fassent pour toi, ils te « motivent »…or ça tu ne l’entends pas dans les slogans de ces marcheurs, qui pourtant disent s’exprimer pour plus de civisme, de citoyenneté… Alors finalement, tu te dis qu’il te faudrait t’impliquer pour changer ta vie, au quotidien, oui… mais la question est : comment ? Car on ne t’a guère enseigné le goût de l’effort ni l’esprit d’initiative…Pourtant, tu te souviens que l’éducateur de l’association où tu as entrepris une formation, te parle toujours de RESPONSABILITE, et tu te dis que c’est ce mot là –même si il n’est pas mis en avant dans toutes ces marches- qui te permettra d’avancer. Une voie s’est ouverte après le discours royal et toi tu veux la saisir, après tout, il s’agit de ton pays, de ton avenir, alors marcher , crier, revendiquer…certes… mais toi – sans  tous ces soutiens qui «soutiennent comme la corde tient le pendu» – tu veux CONSTRUIRE, et tu te dis que vraiment ce n’est pas marcher que tu vas faire mais retrousser tes manches et AGIR !

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