Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Bernabé Lopez Garcia est professeur d’études arabes et islamiques en Espagne. Il passe généralement pour un spécialiste du Maroc. Auteur d’ouvrages sur les relations entre Rabat et Madrid, il a une lecture globalement recevable des relations maroco-espagnoles à travers l’histoire. Il reste, naturellement, mais moins que d’autres bien sûr, captif des réminiscences qui commandent la perception qu’ont les uns des autres sur les deux rives de la Méditerranée occidentale. Sans rien oublier de ce soubassement, il a publié le 17 décembre sur les colonnes du quotidien «El Pais» une tribune qui laisse à la souveraineté marocaine sur le Sahara sa chance. Car, dit-il, «l’autogouvernement ne veut pas dire nécessairement l’indépendance.»

Cette vérité énoncée, l’universitaire espagnol souligne, même si c’est sur le ton interrogatif, que la présence de l’Algérie dans le dossier n’est pas étrangère à l’attractivité exercée par le Polisario sur une bonne partie de la gauche espagnole. Il assure, en le reprochant à ses concitoyens, que «l’apparition d’un parti nationaliste [le Polisario] ne fait pas de lui du jour au lendemain "le représentant unique et légitime" de tout un peuple.» Il affirme, enfin, non sans amertume, que la politique de distinction entre les Sahraouis, ceux du Polisario donc des Espagnols et «les autres» ne «les a pas aidés à construire un futur» ensemble. Plus loin il ajoute : «On n’a même pas  travaillé pour maintenir l’enseignement de notre langue [l’espagnol en l’occurrence]. Avec la solidarité discriminatoire orientée vers l’une des parties, nous avons renforcé le dogme du parti unique, sans soutenir d’autres visions qui tendraient des ponts devant la réconciliation.»
 
De cette manière, Barnabé Lopez Garcia n’est pas loin de nos préoccupations. La tribune présente évidemment des idées à boire sans réticence, d’autres à ne pas gober, quelques-unes à discuter. Mais, et c’est son grand mérite, son auteur présente une offre nouvelle de débat minimal qui, pourtant, ne lui vaudra pas que des amitiés aussi bien à Alger que du côté des cercles espagnols à la marocophobie incurable.
Pour notre part, nous sommes preneurs puisque nous avons été plus de deux cent cinquante intellectuels marocains à adresser aux intellectuels espagnols en juillet 2005 un appel les invitant à plus de conséquence et une mise en cohérence de leurs principes. Nous avons considéré qu’il n’était pas  admissible de combattre le séparatisme en Espagne et de le soutenir au Maroc. Qu’il n’était pas juste de  dénoncer un prétendu fait colonial marocain au Sahara et valider, en une appréciation inique, le colonialisme espagnol en terre marocaine à Sebta et Mellilia. Qu’il n’était pas enfin logique de réduire une population séquestrée à la misère humaine par un soutien inconsidéré à un mouvement séparatiste illégitime.  Nous avions ajouté que par milliers, d’authentiques Sahraouis ont fui souvent au risque de leur vie les camps de Tindouf. Parmi eux de nombreux militants de base mais aussi beaucoup de cadres et de responsables y compris des fondateurs historiques du mouvement. Prisonnière de la pensée unique qu’elle applique à la question, l’intelligentsia espagnole ne leur accorde aucun intérêt comme s’il suffisait qu’ils se libèrent de la grande supercherie de la libération pour qu’ils deviennent inaudibles.

Au lendemain de cet appel, Bernabé Lopez Garcia avait estimé, en substance, que Marocains et Espagnols avaient tout à gagner en discutant sereinement de ces questions. C’était le sens et l’essence même de notre appel. Nous sommes prêts et disposés. 

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