Un vendredi par moi

Un vendredi par moi

Fallait-il engager un procès contre le journal français Charlie Hebdo pour avoir caricaturé des Musulmans ? Comment avoir imaginé un seul instant qu’une justice d’un Etat qui a érigé la laïcité (non sans une cuillérée de duplicité) en religion, pouvait-elle condamner un journal pour avoir fait peu de cas des adeptes de «la deuxième religion» de France ? Sans doute, le même journal avait-il été interdit en 1970 pour avoir raillé la mort du général De Gaulle. Mais la France a changé comme nous l’avons vu tout au long de ce procès qui n’aboutira qu’à une relaxe, selon le vœu même du procureur de la République. Ce que nous avons gagné ? Un élan de solidarité ignorant les clivages, pourtant exacerbés, de la prè-campagne présidentielle, pour montrer du doigt l’Islam comme une religion de censure. Même si une large majorité des Français assure que se moquer de la foi des autres était une vilaine chose, il n’y en aura aucun  pour comprendre une condamnation de «la liberté d’expression.» Voilà pourquoi nous avons certainement manqué une nouvelle occasion de nous faire discret.

On peut épiloguer longtemps et à raison sur l’éternel deux poids deux mesures. Il est possible aussi de renvoyer la France à ses contradictions, évoquer l’épisode de l’humoriste français Dieudoné. Il lui a suffi de parodier un extrémiste religieux juif pour se voir vouer aux gémonies, déporter de la télévision aux camps de la déconsidération et du dédain. Mais encore une fois, nous ne sommes pas dans un rapport de force favorable et un jour, peut-être, il sera temps pour nous d’appréhender les choses autrement. Pour l’instant, nous sommes inaudibles. Donc caricaturables.

Heureusement, la France a aussi de belles choses. Elle a son Saint-Tropez et ses snobs, le mont Blanc et ses amants. La tour Eiffel, laide, mais ses touristes qui la trouvent belle. L’Arc de Triomphe et ses orgueils, entretenant sa flamme pour le soldat inconnu. Les Champs Elysées et ce que les Français croient être la plus belle avenue du monde. Montmartre et ce qu’elle fut, l’Olympia enfin et ce qu’elle est. Mais quand pour le monde aura sonné le glas, demeurera un seul monument : Edith Piaf! Pour emplir de sa voix, de sa joie malheureuse, de son malheur joyeux, les ondes de l’univers.  Histoire d’un amour éternel, triste à chanter, amer à raconter, mais beau à l’infini. Qu’Olivier Dahan vient de mettre à l’écran. Edith Piaf, ses souvenirs, ses chagrins, ses plaisirs dont elle ne regrette rien. Deux heures vingt minutes. Le réalisateur a pris son temps. Pour raconter une courte vie de misère et de joie, d’entêtement et d’acharnement, qui va d’arrachement en arrachement, du refus, sur la fin, de la lumière naturelle pour mieux garder en mémoire le souvenir des projecteurs, le bonheur de la scène. «L’amour ça sert à quoi ? A nous donner de la joie /  Avec des larmes aux yeux / C’est triste et merveilleux», chante Edith Piaf. Et c’est sans le grain d’une trahison ce que Olivier Dahan raconte. Avec Marion Cotillard incarnant Edith dans  La Môme, un rôle de composition effrayant, le rôle de sa vie probablement. S’en remettra-t-elle un jour ? Peut-être. Ce qui est sûr, encore une fois, c’est quand la terre engloutira la tour Eiffel, quand l’Arc de Triomphe ne sera plus, quand Napoléon et De Gaulle regagneront l’empire de l’oubli,  Edith Piaf restera pour la France un monument.   

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