Un vendredi par moi

«Qu’y a-t-il derrière l’escalade dans les menaces d’Al Qaïda» contre les Etats-Unis, le Pakistan et les Etats du Maghreb? Le titre en «une», agrémenté  d’une photo de Ayman Al Zawahiri, qui renvoie à un article sur cinq colonnes en page 10, est alléchant. Enfin, on allait comprendre. D’autant plus que le journal qui se charge d’éclairer notre lanterne n’est pas un néophyte : le très référencé quotidien en la matière, l’islamiste Attajdid, est connu pour compter parmi ses plus brillants animateurs des anciens de Achabiba Alislamya. Ils avaient défrayé la chronique dans les années soixante-dix et quatre-vingt et ont été assez efficaces dans le recrutement des jihadistes marocains pour l’Afghanistan contre les impies soviétiques. Le lecteur est ainsi tout naturellement fondé de croire trouver sous leurs plumes, même si le texte est anonyme, ramifications, implications et toutes autres imbrications du phénomène.

Neuf pages plus tard, soixante six lignes plus loin, en tout quelque cinq milles caractères, rien ! Est-ce une supercherie comme on en rencontre tous les jours dans une presse qui a pris l’habitude de nous gruger avec des titres racoleurs ? Un peu ça, aussi léger, sauf que c’est autrement plus grave. Dans tous les sens du mot. L’article ouvre le feu avec Ben Laden à travers une transcription quasi littérale de ses dernières vociférations sur Internet. Il y fait le serment devant Dieu et les croyants d’intensifier les attaques contre les USA parce que ce sont les USA, le Pakistan tant qu’il est présidé par Moucharaf et les Etats du Maghreb afin de les débarrasser des Français et des Espagnols. Lui a-t-on demandé quelque chose à Ben Laden ? Non, mais Attajdid n’a cure de ce genre d’objections et poursuit avec son bras droit, Ayman Al Zawahiri, qui, un ton au-dessus de son chef, réincarne sous nos yeux, treize siècles plus tard, Moussa Ibn Noussair à l’apogée de son œuvre. Inspiré, le numéro deux d’Al Qaïda détaille le programme et invite non seulement à renvoyer «les enfants de la France et de l’Espagne» chez eux, mais aussi à reprendre pas moins que l’Andalousie. Le rapport de force dans la région étant ce qu’il est, on se contenterait bien de Sebta et Mellilia, mais non, tant qu’à faire il faut être ambitieux. Al Andalous est pour lui une priorité majeure, un engagement liant la Nation musulmane du Maghreb de Rabat et du Jihad. Elle ne saurait en conséquence attendre. Peu importe l’auteur de l’engagement et au nom de qui. L’Andalousie, toute l’Andalousie, rien que l’Andalousie;  ici et maintenant ! Encore faudrait-il ressusciter le combattant autochtone sans lequel la transposition d’Ibn Noussaïr dans les temps modernes n’aurait aucun sens.

Un nouveau Tarik Ibn Zyad? Il suffisait de demander. Il est à portée de main, bien au chaud parmi les voisins d’Algérie. Abou Mousaâb Abdel Ouadoud, chef du Tandhim Al Qaïda au Maghreb islamique, est tout indiqué pour la réalisation du dessein. Sans s’encombrer de ce que son appel recèle, Attajdid lui cède, pour conclure, la parole : «Nous avons adopté, dit-il sur un ton incantatoire, le martyr comme choix stratégique dans l’affrontement avec nos ennemis. L’organisation a donné des instructions pour la sélection des cibles à même de nous permettre d’atteindre nos fins. A notre Nation, à notre jeunesse, nous annonçons la bonne nouvelle: la liste des candidats au martyr est longue et s’étoffe chaque jour plus. C’est une guerre de croisés contre l’Islam et une bataille déterminante entre la mécréance et la foi. Celui qui fera défaut à cette guerre manquera l’occasion d’une vie, sera privé de la récompense. Soyez au rendez-vous, empressez vous à la porte du Paradis large comme les Cieux et la Terre.» Avec une telle promesse, la queue devant la faucheuse devient plutôt sympathique et exonère Attajdid de l’analyse promise. A quoi bon décortiquer du moment que la publication de ces extraits sans aucune critique ne vise pas la généralisation de l’appel à ceux qui n’ont pas Internet, mais seulement parce que nos confrères islamistes estiment fort justement que le délire se passe de commentaire. 

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