Un vendredi par moi

L’ancien ministre délégué à l’Intérieur se révolte contre une mystification qui a en partie façonné également la pensée et les attitudes de son ancien département. «C’est une idée reçue, sans  fondement, que le premier résident du protectorat français a implantée dans l’esprit des Marocains, divisant le pays en un Maroc utile et un autre inutile.» En se soulevant, lors de la rencontre de samedi dernier entre le bureau du MTD (Mouvement pour tous les démocrates) et la population de la région de Rabat, contre ce qu’il n’est pas loin de considérer comme un crime contre le Royaume, il a en tête sa région, les Rhamna. Le souvenir de la saveur de l’eau, rare; de l’odeur de la poussière, abondante; de la rudesse de la rocaille, partout; ça laisse forcément des cicatrices, forge une mentalité et procure une démarche qui permet d’arpenter les sentiers sans asphalte. Ce n’est donc pas un hasard si le lendemain même de cette rencontre, Fouad Ali El Himma et ses amis sillonnaient les sentiers de la région de Khénifra oubliée du développement. Son credo, il ne l’a pas inventé mais il assure vouloir le mettre en œuvre : le Maroc n’a pas de pétrole (pour l’instant, il faut espérer), à terme la perspective n’est pas visible, que lui reste-t-il, sinon faire comme les pays dans sa situation, investir dans la richesse humaine. Une telle quête mérite un vœu, le vœu du succès.          

Par la voix de sa figure centrale, la semaine a été celle de la clarification pour le MTD. Il ne dédaigne pas la politique, avec ce qu’elle implique; élections municipales et législatives. Il lui dédiera une structure, un parti bien sûr, mais qui ne sera qu’un aspect de son action. Dans un entretien avec la Gazette du Maroc, Fouad Ali El Himma, qui milite aussi pour «l’Islam de nos parents», indique que le MTD veut initier des débats, s’occuper du sport, de culture, de développement. Il a pour ambition d’offrir un cadre adéquat aux synergies des ONG, d’avoir sa propre équipe de football, sa banque de microcrédit, son groupe de presse.  Derrière cette démarche qui peut paraître anodine à ce niveau d’action, se cache une approche globalisante. L’organisation se présente sous l’aspect d’une double structure qui n’est pas sans rappeler celles d’Al Adl Wal Ihssane et du PJD. Yassine veut son mouvement comme globalisant. Il s’occupe dans une relation dialectique en même temps de l’âme (kadaya akhraouiya) et de la vie ici-bas (kadaya dounyaouiya). Tandis que Majlis Achoura assure ce qui est da’aoui (prédication prosélytique) et oriente la réflexion et l’action dans tous les domaines (religion, civisme islamique, société, culture, sport, musique…), le Cercle politique se charge des questions profanes. A un autre niveau, mais sans différences majeures, le MUR et le PJD entretiennent à peu près la même relation et remplissent confusément les mêmes fonctions. Est-ce à dire qu’agissant au nom de la modernité pour faire face à l’obscurantisme, se déclinant en une structure subordonnant le parti et une multitude d’organes spécialisés à une instance supra, le MTD reproduirait-il un schéma organisationnel similaire à celui des islamistes  pour une confrontation dans tous les espaces où agit l’islamisme? Le discours politique d’Ali El Himma, sans ambiguïté sur la question, créditerait pareille idée. Ce serait toutefois, semble-t-il, réduire le projet à une simple reprise alors que le scénario du mouvement serait plus complexe qu’il n’y paraît. Mais on ne peut oublier que parmi ses objectifs il cherche à combler les espaces laissés vacants par les partis.

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