Un vendredi par moi

Khalid Jamaï, chroniqueur au Journal Hebdomadaire, évoquant l’affaire de «Akhbar Al Youm», assure préférer «l’excès de caricature à l’excès de censure». Saillie charmante qui ne peut que séduire. Mais la phrase est trop belle pour être vraie. Utilisé, comme le signale K. Jamaï, par le président français pour  défendre, ce qu’oublie de préciser le même K. Jamaï, l’hebdomadaire  Charlie Hebdo après la publication des caricatures du Prophète Mohammed, le séduisant aphorisme, creux en soi, a une application à géométrie très variable. J’y reviendrai la semaine prochaine. L’essentiel ici est que je n’ai pas la certitude que K. Jamaï a la légitimité pour parler de censure. Ayant «servi» sous ses ordres quand il était rédacteur en chef de l’Opinion, je n’ai pas souvenir qu’il rechignait à opérer des coupes claires dans les articles des journalistes. Je me contenterai, pour aujourd’hui, d’évoquer deux cas édifiants.
En 1986, je couvrais normalement l’opposition des Marocains de Mellilia à une loi espagnole, la ley extrenjeria, qui voulait en faire des étrangers chez eux. Tout se passait bien jusqu’au jour où Rabat et Madrid négocièrent la décision de mettre une parenthèse à la tension. C’est alors que K. Jamaï tenta de m’empêcher de m’y rendre pour couvrir une gigantesque manifestation. Seul l’arbitrage de Me M’hamed Boucetta, alors patron de l’Istiqlal, nous a permis de ne pas passer à côté de l’évènement. En 1988, le voyage historique de feu Hassan II à Alger a failli déraper suite à un incident diplomatique causé par la présence du Polisario à une réception. En envoyé spécial, j’avais relaté l’incident dans ses détails jusqu’à sa résolution, mais K. Jamaï s’opposa à sa publication arguant que le ministère de la Communication avait demandé à la presse de se contenter d’un laconique communiqué de la Map. Seul encore l’arbitrage de Me M’hamed Boucetta évita à l’article de finir à la poubelle. Qu’à cela ne tienne. Les voix dissonantes insupportaient tant le rédacteur en chef qu’il tenta de nous éliminer, Fatéma Belarbi, Saïd Fatmi, Najib Benchrif et moi-même. C’est Jamal Hajjam, actuel rédacteur en chef de l’Opinion, tombant par hasard sur un rapport demandant nos têtes, qui nous alerta. Après des mois de guerre des clans, c’est une fois de plus l’ultime intervention du vénérable M’hamed Boucetta qui nous sauva d’une rue où les opportunités de travail n’étaient pas celles d’aujourd’hui.
K. Jamaï partira à la retraite, je serai pour ma part nommé au Conseil supérieur de la HACA, mais ses velléités de musellement ne le quitteront pas. Au gré d’une lecture, j’apprends par «Aljarida Aloukhra» dont T. Bouachrine était précisément rédacteur en chef, qu’il allait adresser au président du CSCA une lettre ouverte pour lui demander, en méconnaissance totale des lois régissant la Haute autorité, de m’imposer le silence. L’information ne sera jamais démentie, la lettre n’est jamais venue, probablement parce que j’avais fait savoir  à T. Bouachrine que je l’attendais de pied ferme.

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