Un vendredi par moi

Omar Khayyâm, malgré l’affection qu’avait pour lui le père fondateur des hommes suicides, Hassan Sabbah, n’est pas vraiment la tasse de thé des islamistes. C’est un impie, lui-même le reconnaît, qui a «répudié la foi et la raison» pour les joies de l’ivresse  et psalmodie dans ses quatrains que «si de [sa] poussière on fait jamais un pot, qu’on l’emplisse de vin afin qu’il se ranime.» Poète et astronome, mathématicien et philosophe du 11ème siècle, c’est un immense homme mais aussi un grand ivrogne devant l’Eternel, ce qui ne l’a pas empêché de vivre en bonne santé et octogénaire. Rassurez-vous, je ne vais pas chanter la gloire de l’alcool car s’il n’a pas eu raison d’Omar Khayyâm, c’est parce que celui-ci, exception qui confirme la règle, était à tous les niveaux une force de la nature. Omar Khayyâm est un persan et son rapport avec nous aujourd’hui c’est que  dans l’Iran actuel, il aurait bien vécu même si le vin y fait annuellement des martyrs de la résistance à son interdiction. De 2004 à aujourd’hui, rien que la consommation de l’alcool frelaté, jusqu’à dans la ville sainte de Qom, a fait 67 morts.
Alors ? Alors nos islamistes qui quotidiennement font de la prohibition  un cheval de bataille doivent mettre de l’eau dans leur vin : la vertu par la loi c’est un leurre. Le «vice» si vous le sortez par la porte, il se niche dans l’obscurité et revient par la fenêtre, plus létal, plus fatal que jamais. La prohibition, plusieurs pays l’ont connue. Le Canada, la Russie, les Etats-Unis et la Finlande. Partout et à chaque fois le résultat est le même. La contrebande prospère, le frelatage s’installe, les mafias s’organisent, parfois des têtes tombent mais pour les polices, généralement, le pot-de-vin fait passer la pilule et la consommation continue de plus belle. La preuve par la sainte-nitouche Iran ! Si l’interdiction pouvait servir à quelque chose, ça se saurait et ça ferait déjà longtemps que les brigades anti-stupéfiants auraient éradiqué de la surface de la Terre tous les euphorisants. La consommation de l’alcool est le grand non-dit et l’énorme hypocrisie de tous les pays pudibonds qui en interdisent la circulation.  Je ne sais plus qui l’a dit mais «l’alcool est une clinique» et lorsque les statistiques révèlent que sa consommation  par habitant au Maroc est des plus importantes au monde, il y a mieux à faire que d’appeler de ses vœux (pieux) l’urgence de faire trinquer ses buveurs.
Chacun connaît les dégâts de l’alcool, comme tous savons les méfaits des drogues mais pour les Occidentaux, la vermeille boisson c’est divin, et pour nous jusqu’à il y a trois ou quatre décennies, on pouvait croire qu’une fumette de cannabis ouvrait le ciel à la contemplation. Icare est mort d’avoir cru qu’il pouvait voler et à son image, l’homme depuis qu’il est homme, a toujours rêvé de quitter la pesanteur pour planer au-dessus de ses problèmes. Les islamistes seraient bien inspirés de cuver leur colère contre le vin et les avinés et de réfléchir, avec les autres compétences, autrement que par le bâton, sur le mal-être qui fait de beaucoup des demandeurs d’asile et des quêteurs de refuge.

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