Un vendredi par moi

Lire dans les pensées des autres. Il suffit de taper cette phrase magique dans un moteur de recherche pour voir combien ce pouvoir fascine les gens. Savoir ce que chacun pense de vous, pense de lui-même, pense des autres, pense tout court, paraît l’une des convoitises humaines des plus anciennes. Le cinéma, le théâtre, la littérature, la science, les agences de renseignement s’y sont intéressés, chacun pour des raisons différentes. En 2001, Nancy Meyers en a fait une comédie cinématographique, «Ce que les femmes veulent». A la suite d’un accident, une électrocution, Mel Gibson, dans le rôle de Nick Marshall, agent publicitaire, s’aperçoit qu’il peut lire dans les pensées des autres. Ce qu’il découvre alors n’est pas flatteur pour son ego de machiste. Quand on se croit irrésistible séducteur créé forcément pour exercer ses charmes sur la gent féminine et entendre des femmes des réflexions intimes pas toujours amènes n’est pas pour renforcer votre confiance en vous-même. Mel Gibson est même confronté à la tentation de lire dans la pensée de sa propre fille mais y résiste durement. Une souffrance. Tout savoir sur tout n’est définitivement pas une aubaine. D’où probablement l’adage de toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Ou l’autre proverbe marocain : n’est dans le souci que celui qui saisit. Le thème de pouvoir pénétrer l’intimité cachée de l’autre, Marc Levy s’en est emparé avec art pour en faire un roman qui fait la navette entre les temps et les espaces: «Le voleur d’ombres»*.  Un jeune garçon, frêle et menu, qui grandira bien sûr, mais que la vie ne va pas particulièrement choyer, s’ouvre sur la vie dans la souffrance imperceptible de l’enfance dont on ne découvre la cruauté que dans la maturité de l’âge adulte. De la cour d’école où le malmène un camarade de classe malabar à sa maison où il apprend que son père part pour ne plus revenir et c’est déjà  lui qui doit réconforter sa maman dans la détresse. Son premier rêve est d’apprivoiser la nuit mais rapidement il découvre son pouvoir de dérober les ombres qui en profitent pour lui confier les misères et les faiblesses de leurs propriétaires. Elles exigent même de lui d’utiliser son pouvoir pour trouver à ceux dont il dérobe les ombres «cette lumière qui éclairera leur vie, un morceau de leur mémoire cachée». Lourd à porter. Se construit alors autour de ce pouvoir dans une sobriété poétique une valse qui fait danser la part de l’enfance dans le souvenir de l’adulte, une plongée dans les blessures des cœurs et les gerçures des âmes. Tendrement, durement, affectueusement, hostilement, se tisse la trame d’une vie somme toute ordinaire mais narrée d’une façon qui ne l’est pas, osant substituer dans la sérénade amoureuse sous le balcon, un vieux cerf-volant à la guitare.

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