Un vendredi par moi

Les vingt-févrieristes constituent un mouvement indéfinissable où se retrouvent toutes les aspirations et se regroupent moult frustrations. C’est un mouvement de jeunes joyeux et rêveurs comme tous les mouvements des jeunes. Ils ont réalisé une grande partie de leurs rêves grâce aux réformes initiées par le Souverain et reviendront un autre jour de tout ce qu’il y a d’utopique dans leurs aspirations.  Comme jadis les soixante-huitards de France, les panarabistes et autres ba’âthistes du monde arabe, sans oublier les marxistes-léninistes-maoistes-trotskistes du monde entier. En attendant ce jour, le mouvement des vingt-févrieristes est sérieusement exposé au dévoiement. Patiemment, pernicieusement, les extrémistes d’Annahj-AMDH et les activistes islamistes d’Al-Adl Wal Ihssane, rompus à la récupération et à la manipulation, tentent de capter la fraîcheur du mouvement pour réussir ce qu’ils n’ont pas pu faire par eux-mêmes depuis quarante ans : la déstabilisation du Maroc. Mais j’imagine que face à ces pyromanes, les pompiers sont sur le pied de guerre. Il a suffi d’un dîner chez l’ambassadeur des Etats-Unis à Rabat, rejoint un peu plus tard par William Burns, secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires politiques pour que les éditorialistes et les chroniqueurs du quotidien du MUR-PJD, Attajdid, se sentent pousser des ailes. Le message que leur directeur, Mustapha El Khalfi, a en substance capté, c’est qu’à Washington l’épouvantail islamiste ne suffit plus pour que la Maison-Blanche cautionne les régimes en place. Il n’en fallait pas plus pour que nos islamistes dits légalistes et modérés musclent leur discours et gonflent leurs pectoraux. Ils en sont même à se revendiquer être à la base d’une certaine légitimité du régime. Ils veulent en conséquence plus d’espace et plus d’air ainsi que  l’exécution de leurs revendications et la mise en œuvre de leur programme. Dieu nous en préserve. Mais à partir de là, faut-il légaliser le mouvement de Yassine et se soumettre à sa wilaya du faquih ? Peut-être pas jusqu’à ce point du moment qu’ils courent le risque de phagocytage. Reste l’ouverture d’un dialogue à l’égyptienne ou à la libyenne avec les cellules de la Salafiya Jihadya en prison. Non seulement cela n’a servi à rien pour Moubarak et Kadhafi, mais encore nos salafistes ne représentent pas une unité organisationnelle et doctrinaire cohérente, mais une nébuleuse sans tête ni queue. Ceux d’entre-eux qui «s’ouvrent» au dialogue restent sur des concessions tactiques. Il y a sans doute quelque chose à tenter du côté d’Albadil Alhadari et du mouvement pour la nation, mais quid d’Al Qaida au Maghreb ou encore des vestiges de la Chabiba islamiya. Même au sein du MUR-PJD, les positions ne sont ni claires ni harmonisées. En dehors de la croissonate moralisatrice qui a pour chevaux de bataille l’alcool, le hijab, les bonnes mœurs, les festivals et accessoirement le PAM, auparavant c’était l’USFP, le programme du MUR-PJD ne mène pas loin. Mieux que les vociférations, le débat en cours, pour qu’il aboutisse, a besoin d’audace politique mais dans la sérénité.

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