Un vendredi par moi

Prenez l’héritière en titre du leader d’Al Adl Wal Ihssane, Nadia Yassine calfeutrée dans son voile et son observance rigoureuse, du moins théoriquement, des preceptes de l’Islam le plus dur et le plus «pur». Placez à côté Ghizlane Benomar, l’une des animatrices du mouvement du 20 février, cheveux en l’air et cigarette entre deux doigts arborée comme le trophée de la liberté si ce n’est, dans son imaginaire grisé, la statue du même nom. Mettez en scène encore Oussama Khalfi, l’un des activistes du même mouvement, amateur de bonne vie, face à Abdellah Chibani, époux de Nadia Yassine et donc gendre et probable successeur du prétendant à la wilaya du faquih dans sa forme khomeyniste, le chiisme en moins. Ajoutez-y le grain de sel de cette jeune manifestante qui a imprimé sur son tee-shirt : «Don’t need sex, government fucks me every day.» Dans ce décor, qui fait le fauve et se joue de la proie ? A ma gauche, de doux rêveurs qui ne songent qu’à jouir de la vie et de ses libertés. A l’autre bout de la scène, des illuminés qui planifient depuis plus de quarante ans à mettre sur le Maroc une chape de plomb religieuse. Pourtant, on les retrouve sur les planches d’un même théâtre jouant la même pièce. Il faudrait certainement trouver quelqu’un pour expliquer à ces jeunes comment l’ogre khomeyniste et son clergé n’ont fait qu’une bouchée de la joyeuse jeunesse et autres communistes qui avaient cru en eux. Je dois reconnaître qu’au début des années quatre-vingt-dix, je me suis découvert de la sympathie pour le «cheikh» et sa fille en couvrant à Salé le procès de Majlis alirchade du mouvement. Celui que j’appelais le «reclus de Salé», en raison de sa longue résidence surveillée, épatait par ses prises de position à un moment où il n’était pas donné à tout le monde, pardonnez l’expression, de l’ouvrir.  La lecture de sa littérature politico-religieuse va faire ressortir un autre personnage, totalitaire, absolutiste et, plus tard, un brin burlesque qui fonctionne à rebours. L’homme cherche à nous ramener quatorze siècles en arrière et à ceux qui veulent modeler l’Islam avec son temps, il répond par l’islamisation de la modernité. Il n’a rien contre la Monarchie et le Roi si ceux-ci s’exécutent devant les fatwas du faquih alwali, sa sainteté Abdeslam Yassine et son sacré collège de cardinaux musulmans. Sa fille Nadia assure que la jeunesse de leur mouvement soutient les 20 févrieristes parce qu’ils se révoltent contre le joug. Mais là où la jeunesse du 20 février demande de l’air, Nadia Yassine revendique comme vertu l’étouffement d’une république islamique. Le jeu est clair. Les adlistes ont toujours cru qu’à force de pourrissement, le Maroc leur tomberait dans les mains comme un fruit mûr. En sortant aux côtés des 20 févrieristes, ils cherchent à les pourrir.

PS : La Constitution relève du droit positif. La convergence tacite entre le MUR-PJD et Al Adl Wal Ihssane sur l’implication des ouléma est une agitation à contretemps.  Quand le conseiller royal Mohamed Moâtassim assure que c’est toute la structure de l’Etat qui va changer, il invite à aller de l’avant, pas à faire marche arrière.

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