Concours de piano : Résultat contreversé

Qu’y a-t-il à l’intérieur d’un piano ? Des cordes frappées par des marteaux. Lorsque le niveau des pianistes qui jouent sur cet instrument est proche, il entre dans le choix du meilleur des considérations qui vont au-delà de la maîtrise technique. Les trois finalistes du Concours international de musique au Maroc étaient tous d’un très bon niveau. Ce qui doit justifier le choix du meilleur lauréat, c’est l’infime valeur ajoutée qui fait qu’un pianiste avive une partition, la joue selon sa sensibilité, et son rythme. Un pianiste russe a joué, magnifiquement, le concerto n° 1 de Franz Liszt. Il a combiné force et expressivité. Il a innervé les sons d’une façon très personnelle. Il a parfaitement représenté l’idéal du pianiste romantique qui entre en conflit avec l’ensemble de l’orchestre dans un concerto. L’énergie et l’expression sont l’apanage de ce pianiste. Les sons de son piano s’élevaient plus haut que le reste de l’orchestre.
C’était une révélation. Il ne faisait pas de doute que Denis Lossev allait remporter le premier prix du concours. Pourtant, il a été classé troisième. Le premier prix est revenu à un jeune pianiste chinois, Siheng Song. Ce dernier a joué le trop écouté concerto n° 1 de Tchaïkovski. Il a joué avec beaucoup de fougue, mais il a manqué à son jeu la sensibilité, la touche personnelle, qui fait la valeur des grands pianistes. Pourquoi l’avoir primé ? On peut imaginer que le jury a pris en considération son jeune âge et qu’il a gambergé sur une future carrière, dont le point de départ serait le Maroc. C’est légitime de la part d’un jeune concours dont la crédibilité est étroitement liée à la carrière des candidats primés. Ceci dit, plusieurs personnes sont sorties avec le sentiment que le premier prix est revenu à un pianiste qui a été certes très bon, mais qui ne le méritait pas. Le concours international de musique au Maroc présente la particularité que est le vote des spectateurs est aussi important que celui du jury.
Un bulletin de vote a en effet été remis aux spectateurs à l’entrée de la salle. Les organisateurs du concours n’ont pas précisé le nombre de voix attribuées aux trois pianistes, mais ils ont souligné qu’aucun d’entre eux n’a fait l’unanimité. Le deuxième prix du concours, Maurizio Baglini, est quant à lui italien. Il a joué le concerto en la mineur opus n° 16 d’Edvard Grieg, avec beaucoup de sensibilité. Il a malheureusement été quelque peu perturbé par les applaudissements du public qui a souvent marqué son enthousiasme, d’une façon intempestive, entre les mouvements. L’orchestre philharmonique du Maroc qui a accompagné les pianistes s’en est très bien sorti. La direction d’Oleg Rechetkine a été irréprochable. Il n’a, à aucun moment essayé d’étouffer le jeu des pianistes. L’orchestre dialoguait avec les pianistes, enrichissait leur jeu, mais sans jamais le reléguer au second-plan.
Par ailleurs, les trois candidats ont joué sur un vrai piano de concert. Un piano offert par le sponsor à l’Orchestre philharmonique du Maroc. Un virtuose du piano ne peut montrer l’étendue de son art s’il n’est pas servi par un piano professionnel. À cet égard, les sons produits samedi soir, présentaient une qualité similaire aux meilleurs enregistrements au monde.
À signaler que la salle du théâtre MohammedV était archi-comble. Le public a encore une fois montré son engouement pour les concerts de musique classique. Des concerts encore rares et que l’Orchestre philharmonique du Maroc, et son parrain la BMCI, s’évertuent à multiplier dans notre pays.

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