De toutes les couleurs : Le relationnel dans l’art

De toutes les couleurs : Le relationnel dans l’art

A tort ou à raison, je ne sais pas, il m’arrive d’imaginer les artistes des siècles passés, sereins dans leurs ateliers, y passant la majorité de leur temps. Je les imagine loin de l’agitation permanente des hommes. Recevant leurs clients ou leurs élèves dans leurs ateliers sans avoir à sortir. Et je les envie !
Je les imagine sans téléphone pour les interrompre toutes les heures, ni télévision pour les déprimer avec les innombrables catastrophes quotidiennes dans le monde. Je les imagine travaillant, créant, du réveil au sommeil, sept jours sur sept ! Et je les envie !
Je les envie car nous autres, artistes d’aujourd’hui, sommes sollicités de toutes parts. Et bien que nous ayons la liberté de sortir ou de rester dans nos ateliers, nous finissons souvent par adopter l’option de sortir régulièrement, aller à la rencontre des gens, en particulier ceux liés à notre art. Alors pour une rencontre d’une heure ou un simple vernissage, il nous arrive de perdre une journée ou toute une soirée de créativité !
Talent ou pas, aujourd’hui, nous ne pouvons plus rester chez-nous et attendre que les gens s’intéressent à notre art. Il y a tellement d’autres artistes dans le monde qu’il faut absolument «paraître» régulièrement… Nous avons de plus en plus besoin d’aller à la rencontre du public et des médias. Ce public qui a de plus en plus de choix, de possibilités, et de moins en moins de temps pour chercher, apprécier ou juger.
La majorité des artistes qui réussissent arrivent à gérer leur temps en le partageant judicieusement entre création et relationnel. Certains artistes adorent aller à la rencontre des gens, des collectionneurs, des mécènes, des galeristes, des hauts responsables et des médias. Ils peuvent passer la majeure partie de leur temps dans le relationnel sans que cela les gêne. Et tant mieux pour eux car d’un autre côté, il y a des artistes incapables d’aller vers les gens, de solliciter quoi que ce soit. Le prix à payer est l’isolement.
Il y a quatre ans, lors d’un vernissage d’un artiste quinquagénaire inconnu, une équipe de télévision a voulu l’interviewer. Ce dernier a refusé l’interview, prétextant qu’il n’avait pas besoin de parler de son art car ses œuvres parlaient pour elles-mêmes… Résultat aujourd’hui : il est toujours inconnu !
Jadis, les œuvres pouvaient peut-être parler d’elles-mêmes, mais aujourd’hui il y a tellement d’artistes et si peu de temps qu’il est facile de passer inaperçu, même avec beaucoup de talent.
Dans cette cacophonie, il devient très difficile d’entendre une œuvre parler d’elle-même ! On a de plus en plus besoin de l’aider à se faire entendre… Développer des relations durables et fiables, des relations de confiance, de gain mutuel est désormais une activité indispensable aux artistes pour que leurs œuvres, aussi intéressantes soient-elles, trouvent des yeux pour les apprécier et des oreilles pour écouter leurs histoires.

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