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Jeff Buckley : Live à l’Olympia
Comme c’est souvent le cas avec les idoles prématurément  disparues et canonisées ipso facto, l’œuvre que laisse le fils du génial Tim  Buckley est bien partie pour être pillée à tour de bras. Sinon, comment  expliquer les sorties consécutives de deux enregistrements publics, Mystery White Boy et ce Live à l’Olympia , certes parfaits pour ce  qui est de démontrer combien l’auteur de Grace était une bête de scène.  On ne boudera pas notre plaisir et on se laissera tenter sans se faire prier par  l’enregistrement de ce mythique concert de 1995 qui est encore chaud comme  la braise dans toutes les mémoires de ceux qui eurent la chance d’y assiter.  Tout y est : une voix à damner son âme qui couvre plusieurs octaves,  l’influence du lied sur les montées des morceaux, les rythmes orientalisants,  les riffs plombés hérités de Led Zeppelin dont il était fan et, surtout, le lyrisme  et le charisme d’un chanteur habité comme nul autre. Tout cela a déjà été écrit  des milliers de fois. Le mieux est encore d’écouter Jeff Buckley. D’autant que  sa cover de "Kick Out Of The Jams" de MC5 vaut son pesant d’or. Rock céleste. Tous ceux qui ont eu un jour la chance de voir le regretté Jeff Buckley sur une scène vous confirmeront que chaque concert était une expérience unique, inoubliable. Entretenant des rapports privilégiés avec la France et son public, cet admirateur d’Edith Piaf avait donné à ces 2 concerts dans la salle mythique où son idole avait chanté une importance toute particulière.

Madonna : American Life
Madonna, l’icône provocante qui agitait les tabous religieux et sexuels, s’est métamorphosée en star “new age” écrivant des livres pour enfants et pratiquant le yoga. Forte de sa nouvelle spiritualité, elle pourfend la richesse et le succès et dénonce la corruption du rêve américain. L’ex-"Material Girl" exhibant un béret à la Che Guevara anticipe toute critique en confessant que "Nobody Knows Me" et présente un répertoire dit intime, balisé par le dernier James Bond ("Die Another Day") et le décès de sa mère ("Mother and Father"). Musicalement, American Life supervisé par l’ex-Taxi Girl, Mirwais Ahmadzai, mixe boucles électroniques et guitare acoustique. Aucune innovation donc dans ce 8ème album electro-folk gavé de synthétiseurs et de vocoder, et privé d’hymne populaire, exception faite du titre-phare "American Life" (déjà remixé par Missy Elliott, Paul Oakenfold et Felix Da Housecat) où Madonna s’essaie au rap pour énumérer ses futiles privilèges, ou "Nothing Fails", titre enluminé de chœurs gospel et de cordes élégantes signées Michel Colombier. La reine de la pop a troqué les mélodies racoleuses mais accrocheuses contre un son technoïde et homogène. Louise Ciccone épouse Guy Ritchie a enterré Madonna la sulfureuse.

Nicole Willis : Keep Reachin’up
Destinée à être une des grandes actrices de la scène soul actuelle, Nicole Willis procurera ici quelques frissons aux mélomanes définitivement mat-ures, ceux-là mêmes qui couraient les disquaires il y a quelques dizaines d’années, pendant les décennies 60 et 70 plus exactement, pour s’y procurer le nouveau 45t d’un James Brown par exemple. "Keep Reachin’ Up" s’affiche comme le point de rencontre entre Ms Willis et The Soul Investigators, backing band de dix musiciens élevés à la Motown, arrivant tous deux au stade de leur troisième album respectif.

Keren Ann : La Disparition
Après expulsion de la Chambre avec vue d’Henri Salvador  qu’elle retapissa avec raffinement en compagnie de Benjamin Biolay, son fidèle  complice, Keren Ann, révélation ingénument éthérée de l’année 2000, continue  à baliser sa route de folk songs mélancoliques. La Disparition , deuxième  album sensuel tissé d’instruments acoustiques (guitares, cordes) et de boucles  électroniques, ravive le temps de l’innocence de Françoise Hardy, Jeanne  Moreau ou Jane Birkin. Tel un voyage sentimental commenté avec élégance,  elle cite Mallarmé, navigue entre radeau et méduse, et vibre aux sons de la harpe  de "Surannée". Et ses histoires ont le goût des amours défuntes décrites par  l’homme à la tête de chou. Lumineusement crépusculaire. Deux ans après, La Biographie de Luka Philipsen , dont la sortie simultanée avec celle de son "Jardin d’hiver" pour Henri Salvador, avait permis à la jeune femme de s’imposer, avec Benjamin Biolay, comme le tandem de songwriters le plus brillant et prometteur de sa génération, Keren Ann nous livre un nouvel opus au titre pour le moins étrange. Moins conceptuel que La Biographie… et plus éclaté dans son inspiration mélodique, ce nouvel opus n’en demeure pas moins remarquable de grâce et de luminosité: toujours aussi fidèle aux thèmes qui lui sont chers et conférant à son univers toute sa cohérence.

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