Enquête : Casablanca : voyage au bout de la nuit

Enquête : Casablanca : voyage au bout de la nuit

Les anciennes boîtes de nuit, formule années 70, avec pour décor,  un plancher solide, des murs gris et des filles aux joues rondes,  sont passées de mode.  Aujourd’hui, pour s’imposer dans la «fosse aux lions» qu’est devenue la nuit casablancaise en raison de la concurrence, il faut, plus que le capital, des idées et des concepts. Pour ne pas l’avoir compris à temps, les anciens hauts lieux que sont la Cage, le Club 84 et même la Réserve (qui rouvrira bientôt dans la catégorie Fitness et remise en forme avec la griffe de  Jacques Dessange) ont été balayés par les premiers coups de vent du changement. Les autres, le Mystic Garden, l’Etoile Plazza et le Studio Live ont fait recours à des décorateurs d’intérieur professionnels pour leur image et ficelé un programme marketing devenu indispensable.
Des anciens, seuls ceux qui disposent d’un concept, d’une identité propre ont survécu.
Cas de l’Armstrong, un passage obligé pour toute tournée des grands ducs le long de la Corniche. Quel est le secret qui fait tenir ce lieu depuis dix ans dans les premières loges des établissements les mieux fréquentés? «Aucun, répond Michel, le gérant. «C’est un concept et beaucoup de choses à la fois. Cela va de la porte au choix des musiciens. Nous créons une ambiance où les gens se retrouvent et peuvent venir en famille ». Un concept coûteux mais  dont la cote de popularité est toujours en pente ascendante. «Bien sûr que cela nous coûte de faire venir des groupes musicaux d’Angleterre et du Canada, mais c’est dans la règle du jeu». En tout cas, ce n’est pas le public des 30 ans et plus, en général partisan d’un certain «retour aux sources», à la musique des années 80, qui s’en plaindrait. Seulement, si ce concept draine du monde, il n’est pas toujours facile de l’imiter. En témoigne, le nombre d’adresses qui ont ces dernières années voulu se reconvertir en «live» avec pour seul succès d’aller grossir le cimetière des projets morts-nés.  Tous ceux qui ont tâté le business de  la nuit casablancaise sont unanimes au moins sur ce point : «une affaire qui dure est une affaire qui a une plus-value, un domaine où il excelle». La Bodega Revolver, concept ambigu (à ne pas confondre avec l’établissement du même nom Avenue Allal Ben Abdellah) n’a pas tenu longtemps.
Si tel est le cas,  le Balcon 33 doit sa longévité à sa gastronomie. La bonne table, plutôt rare après 23 heures, reste un argument solide.
Faute de cet atout, d’autres adressent multiplient les appels de phare vers la jeunesse. Avec ses nems à environ 35 dirhams, la Joya reste «un bon pub pour les jeunes», comme l’appelle un amateur de la nuit. Apparemment, cela ne fait pas le bonheur de la comptabilité de cette adresse qui vient de connaître un changement de gérance. Le Studio Life à côté du Pulp a un concept qui n’est pas loin de celui de l’Amstrong mais sans orchestre. A 100 balles le verre, il faut le vouloir. Le bon agencement de l’endroit, le décor fait de couleurs vives et intéressante militent pour les gérants.
Autre endroit connu des noctambules, le Village. L’un des rares lieux à faire une séparation nette entre la boîte de nuit et le cabaret oriental. «Pas de mélange», semble-t-on lire dans le regard du maître des lieux qui veille au bon ordre et au service, parfois tard la nuit.  Dans le même secteur de la Corniche, il y a le Fandango. Un lieu qui change de gérant tous les mois, restant désormais difficile à situer. Un coup fermé sur une boîte de nuit. Un coup ouvert sur un cabaret. Le concept reste à trouver. Même constat au Magnum transformé du jour au lendemain en cabaret sans crier gare.
Avec moins de tapage, le Calypso qui ratisse large (ensemble bar et night-club) connaît plus de succès que certains nouveaux concepts, en phase de rodage. Pour les nouveaux venus, témoigne Farid, ancien gérant d’un restaurant à Paris, reconverti aujourd’hui dans le monde de l’édition, il faut d’abord trouver une identité, un nom. On a vu en un temps record, l’ex-Vanity s’appeler Crystal Palace en version cabaret, puis boîte, avant de devenir Zuma puis encore Opium. A quand le prochain nom, se demandent narquois, les confrères ? Passons vite certaines adresses comme le Candy Bar qui fait le bonheur des jeunes, le  Pulp, même style que le Paradise à Marrakech,  et arrêtons-nous à la Calèche. Un concept bar-restaurant qui ne cherche pas à se faire remarquer à tout prix, et tient à rester un peu brut sur le décor. Pas de chichi. 
La boîte de nuit étant plus ou moins difficile à viabiliser, certains investisseurs préfèrent les formules restaurant lunch, bar à tapas. Sur le premier concept, citons le Mystic Garden qui, contrairement à ce qui est suggéré dans l’appellation, ne dispose pas encore de jardin.  A part cette remarque que n’atténue nullement le couloir de verdure qui l’entoure, le Mystic Garden s’agit d’un restaurant bien coté, toujours plein avec une bonne clientèle. Celle-ci a de plus en plus tendance à préférer les restaurants animés aux tables calmes. Le dîner spectacle fait recette. Ce n’est pas Yassir Alaoui, gérant du Cafconce qui dira le contraire. «Nous sommes un restaurant pour une clientèle plutôt familiale ». Avec comme animateur Samira Azmi et Karim Tadlaoui, le Cafconce voit sa fréquentation monter de jour en jour. A quelques bons tours de roue de là, le Petit Rocher est l’une des rares enseignes qui arrive à faire cohabiter le concept marocain (lanternes) et le latino. «on l’aime ou on ne l’aime pas. Si on l’aime on y revient», commente un amateur des virées nocturnes cablancaises. Dans cette zone, le monde des restaurants connaîtra quelques grands changements avec la prochaine ouverture du Relais de Paris en lieu et place de l’ancien Cinéma Dawliz. Le concept parisien, déjà présent sur la rue Hassan Premier, compte sur son identité et sa marque pour s’imposer.
Quelques établissements, situés au centre-ville continuent d’opposer des arguments solides à l’appel de la Corniche. Cas de l’Entrecôte, 30 ans de service, toujours à la même adresse (Mers Sultan), avec une sauce dont la composition est gardée secrète (les curieux ont même envoyé des échantillons au laboratoire).
Cas aussi de l’Etoile Plazza, Rond point des Sports. Depuis trois ans, cette adresse tenue par un cuistot qui a fait ses classes à Paris, livre une animation dans une ambiance Nass El Ghiwane. La superbe carte-maison confectionnée par le chef lui même a fait le tour de Casa-Rabat. Caractéristique de l’Etoile Plazza : le store est baissé à une heure du matin, sans tentative de déborder sur l’heure de fermeture. Dans le registre des établissements situés loin de la côte, la Bodéga, derrière le marché central,  reste, à tout seigneur tout honneur, l’une des meilleures adresses. Toujours plein, avec des soirées thématiques à profusion, une animation rodée. A plusieurs rues de là, sur le Boulevard Ghandi, l’Annexe essaie de donner la réplique. Même concept que la Bodéga, mais pas d’accueil. Rien à dire cependant sur la haie de sécurité, et la bonne animation avec une musique un peu forte parfois. Plus calme, du côté du Port, le Rick’s Café, sympa joue dans le style parisien avec une bonne animation. S’abstenir si vous ne vous reconnaissez pas dans le qualificatif BCBG. Enfin, pour finir une tournée de Casa By Night, quoi de plus normal que le VIP, surnommé d’ailleurs, l’after des boîtes de nuit, celui qui reste ouvert le plus longtemps possible.

 

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