Harold Pinter : le Nobel de l’engagement

Harold Pinter : le Nobel de l’engagement

Harold Pinter. C’est le nom de l’écrivain qui vient de recevoir le prestigieux prix Nobel de littérature. Ceci s’est passé le jeudi dernier à Stockholm. Cet artiste britannique a été consacré à l’âge de 75 ans pour toute son œuvre littéraire.
Il est connu pour être un dramaturge de renom, un scénariste de cinéma et un intellectuel engagé.
Né en 1930 à Londres, où ses grands-parents, juifs russes, avaient émigré au début du siècle, Harold Pinter a grandi à Hackney. Et c’est en tant qu’ "Angry Young Man", jeune homme en colère – du nom du mouvement qui a poussé à s’emparer du théâtre une génération de jeunes auteurs, issus du milieu ouvrier – qu’il s’est lancé, d’abord comme comédien, dans les années 1950. Il a débuté en 1957 comme dramaturge avec The Room, « la Pièce ».
Mais l’une de ses premières oeuvres, The Birthday Party («La fête d’anniversaire », 1957), mal perçue  au départ, est devenue l’une de ses oeuvres les plus jouées par la suite. Son style se situe au carrefour de deux genres : le théâtre dit de l’absurde et un genre spécifiquement britannique, le néonaturalisme.
Il semblerait curieusement que c’est la télévision britannique qui le révèle au grand public avec l’Anniversaire. Ceci dit ses multiples allers-retours entre plateau et télé ne l’empêchent nullement de travailler pour le cinéma. Aux côtés de Joseph Losey, il écrit les scénarios de The Servant, de Accident, de The Go-Between («le Messager») et celui de la Femme du lieutenant français, réalisé par Karel Reisz.
À la demande de Luchino Visconti, il écrit un scénario en 1972 d’après À la recherche du temps perdu, de Proust, un travail remarquable, mais qui n’a jamais été monté faute de moyens nécessaires.
Il vient par contre d’être réédité il y a quelques temps. Mais le plus important et le plus saisissant dans la carrière de l’artiste c’est son engagement. Il est connu pour ses idées virulentes à l’égard du gouvernement de Tony Blair et de Bush Junior. Harold Pinter ne mâche pas ses mots. Il aurait même formulé il y a quelques temps l’envie de quitter l’écriture pour la politique.
La presse internationale rapporte que cet homme parle en public sans équivoque: Blair semble être pour lui «un idiot plein d’illusions» et Bush «un criminel de guerre». En 2003, lors de la manifestation antiguerre en Irak à Londres, où défilaient un million et demi de personnes, il a lu un poème de son recueil War : «Ta tête roule sur le sable/ Ta tête est une flaque dans la saleté/ Ta tête est une tache dans la poussière/ Tes yeux s’en sont allés et ton nez/ renifle l’odeur de la mort/ et tout l’air mort s’emplit/ du parfum du dieu de l’Amérique ».
Un poème qui résume de manière très forte la position de cet écrivain qui s’est dit « "ravi" de son prix tout en soulignant ne pas savoir si cette récompense littéraire venait également couronner son engagement politique ». Il ajoute à un parterre de journalistes présent à l’évènement « J’écris des pièces depuis environ cinquante ans et je suis aussi politiquement assez engagé». Une façon de dire qu’il ne changera pas sa manière de voir le monde.

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