Hay Hassani : l’anarchie au quotidien

Hay Hassani : l’anarchie au quotidien

Préfecture d’arrondissement Hay Hassani, mardi 6 mars 2007. Dans cette préfecture de la capitale économique, l’anarchie a pris une ampleur démesurée. Une promenade à travers les rues permet de se rendre compte du laisser-aller qui y règne.
Les cafés offrant le narguilé (chicha) sont légion. L’odeur du tabac relevé d’une pointe de fraise, de miel ou de pomme, envahit différents quartiers. Pourtant, la wilaya du Grand Casablanca a fait preuve de fermeté en interdisant par arrêté la consommation de cette pipe à eau, devenue un phénomène social fort répandu parmi la jeunesse marocaine. Les cafés offrant ce genre de services créent un climat d’insécurité dans leurs environs puisqu’ils deviennent des lieux privilégiés par les délinquants de tout genre. 
Le cas du café sis au boulevard Bouregreg, en face de l’hypermarché Marjane de Hay Hassani, est édifiant à plus d’un titre. Il a fait l’objet de plusieurs plaintes de la part des habitants. Mais en vain. «L’odeur est insupportable surtout le soir.  Les vapeurs sucrées du narguilé qui émanant de ce café envahissent ce quartier. Au-delà de l’odeur, le quartier est devenu très risqué. Il est dangereux de s’y aventurer le soir. Les jeunes voyous et délinquants, qui viennent prendre leur dose de tabac, se bagarrent», se plaint Mohamed Alami Chentoufi, l’un des habitants du quartier.
Cette pipe à eau, utilisée principalement au Moyen-Orient, a rapidement trouvé des adeptes dans les différents quartiers populaires ou huppés de Casablanca,  notamment à la préfecture de Hay Hassani.
Ce mélange de tabac ou de miel, auquel on ajoute diverses essences, comme la pomme, la fraise, la menthe, la rose ou l’abricot attire de plus en plus les jeunes filles et garçons.
M. Chentoufi s’indigne : «Le phénomène le plus dangereux concerne les jeunes filles et garçons de 12 à 18 ans des lycées avoisinant qui y viennent pour aspirer quelques bouffées. Nous craignons beaucoup pour nos enfants». Même son de cloche chez Mohamed Baâssin, l’un des habitants de la région. Ce père de famille déplore la non-réactivité des autorités concernées. «Nous avons fait des va-et-vient. Mais en vain. Je ne comprends pas comment les autorités peuvent-elles fermer les yeux et faire comme si de rien n’était. Il y a trop de laisser-aller. Qu’est-ce qui les empêche d’agir sachant les dangers de cette chicha ?», s’interroge-t-il, l’air courroucé.
Ces parents très inquiets des dérives qui entourent ce café à chicha se sont plaints auprès des autorités compétentes. Mais en vain. A chaque fois, leur requête s’est confrontée à l’indifférence. De guerre lasse, ils  ont fini par accepter le fait accompli.
«Ce phénomène pernicieux n’est pas traité avec la fermeté et la rigueur nécessaires», a tenu à souligner M. Baâssin.
Changement de décor mais pas de ton. Du côté des gens qui habitent près du café situé à la rue 122 sur le boulevard Oued Tensift à Oulfa, c’est la même tendance à l’indignation. «Nous souffrons beaucoup de cette odeur, mais on n’y peut rien. Ce café a été fermé à maintes reprises, toutefois il réouvre après chaque fermeture», note Mme Nadia, mère de famille habitant la région depuis près de six ans.
D’autres scènes quotidiennes du désordre décriées par la population concernent le phénomène d’occupation illégale de l’espace public, qui a pris beaucoup d’ampleur. A ce propos, les images sont plus éloquentes que n’importe quel discours (Voir reportage photos). Les marchands ambulants sont présents partout. Ils squattent les différentes artères. A titre d’exemple, près du boulevard Oum Rabiî, les habitants des logements sociaux inaugurés par le Souverain dans le cadre de l’éradication de l’habitat insalubre, souffrent des nuisances causées par la présence de ces marchands qui rendent la circulation difficile, si ce n’est impossible. Pire encore : leurs déchets sont éparpillés partout. «Le phénomène s’est accentué par l’impunité et le laisser-aller des autorités compétentes.
L’interdiction des charrettes à l’intérieur du tissu urbain est une mesure impérative surtout pour une métropole comme Casablanca qui aspire à la modernité. Cette région, aujourd’hui, témoigne d’un laisser-aller dont les conséquences sont souvent néfastes», lance l’un des habitants de la préfecture, avec une pointe de regret dans le ton face à ce qu’il qualifie de «véritable gâchis». Sur le même boulevard, les véhicules du transport scolaire privé envahissent les trottoirs. Les piétons ne savent plus à quel saint se vouer.
Et ce n’est pas tout… La ferraille de Hay Hassani, située près de la résidence Al Baraka et des villas, vient en rajouter à la souffrance des riverains. Des amas de tôle qui défigurent le paysage et enlaidissent l’environnement. Pis encore, ces ferrailles sont déposées devant les portes des villas. Une situation qui irrite les habitants.
«Nous ne savons plus quoi faire. Des voitures hors d’usage sont déposées devant nos portes. Des déchets de pneus également. Nous nous sommes déjà plaints auprès des  autorités. Rien n’y fait. Tout le problème est là et nous payons un lourd tribut. C’est insupportable !», se révolte Mohamed Bensadek, l’un des habitants avoisinants de ce dépôt de ferrailles. Et d’ajouter : «La prolifération des rats dans cette région représente un danger pour nous et pour nos enfants parce qu’elle peut être à l’origine de certaines maladies graves».
Comment le chaos s’est-il imposé, dans une région aussi importante de la capitale économique où l’informel est presque devenu la règle ?
«Le manque de rigueur et le laisser-aller poussent les gens à braver l’interdit», s’accordent à dire les habitants, qui s’interrogent s’il y a encore une limite à tant de laxisme. 

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