La bibliothèque ensevelie

La bibliothèque ensevelie

«Plus de 150 millions de DH seront enterrés ! », s’exclame un architecte en découvrant une vue d’ensemble du plan de la bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM). Il n’a pas tort, puisque l’édifice ne sera pas dressé, mais enseveli. Ce parti pris architectural étonne par son audace. « Si le geste architectural consiste à bâtir, à dresser, à ériger et à élever, notre projet est une négation de l’architecture. Je dirai même que nous assassinons l’architecture dans son acception communément admise », précise Rachid Andaloussi qui a remporté avec Abdelwahid Mountassir le premier prix du concours de la BNRM. Les deux lauréats ont choisi de niveler le bâtiment, afin de ne pas modifier l’horizontalité du terrain. Le terrain où tient la bibliothèque se situe à proximité du jardin du Belvédère. Les habitants de Rabat connaissent bien ce jardin qui se trouve dans l’axe de Bab Rouah, aux côtés du terrain du FUS. Ils s’y promènent, y font leur jogging, y jouent à la pétanque. Le projet de la bibliothèque a été réfléchi pour prolonger le jardin, de façon à ne pas casser son horizontalité. Le caractère essentiel du site, à savoir ses qualités paysagères, ont dicté aux deux lauréats la configuration aplanie de la BNRM. Seule une tour, haute de 15 m, signalera de loin une bibliothèque qui occupe une superficie de 10 745 m2. Les passants pourront marcher sur des espèces de ponts qui dominent le patio de la bibliothèque. Ce patio ou ryad sera la principale source de lumière naturelle des locaux de la bibliothèque. Rachid Andaloussi explique qu’il s’agit là de la récupération de l’un des éléments constituants de l’architecture marocaine. « Regardez les maisons de la médina, elles ont pratiquement des façades aveugles. Entrez et vous découvrez un ryad qui illumine toutes les pièces», explique-t-il. L’immense patio de la bibliothèque constitue donc une référence à l’architecture traditionnelle du Maroc. La tour de la bibliothèque a été réfléchie, de son côté, pour être le pendant de la Tour Hassan. La réglementation en vigueur ne lui permet pas de dépasser 15 mètres. Avec sa base de 196 m2, elle est toutefois appelée à devenir l’un des repères de la ville. D’un autre côté, Rachid Andaloussi loue la composition du jury qui a primé le projet qu’il a réalisé avec Abdelwahid Mountassir. Parmi les membres de ce jury, on trouve Mohamed Achaâri, ministre de la Culture, Ahmed Toufiq, l’actuel ministre du Habbous et des Affaires islamiques qui occupait alors le poste de directeur de la bibliothèque générale, l’architecte Paul Chemetov, ancien conseiller de François Mitterrand, Alix Chevalier, responsable à la bibliothèque nationale de France, l’architecte français Pierre Riboulet, le penseur Abdou El Filali El Ansari et Philippe Sauvageau, président directeur général de la bibliothèque nationale du Québec. Ce dernier a établi le programme de la BNRM. Le programme de Philippe Sauvageau comprend toutes les composantes d’une bibliothèque moderne. Un auditorium de 300 places pour les activités d’animation, une galerie pour la présentation de collections particulières (livres rares, manuscrits…), un espace pour les revues, un espace pour les estampes, un espace pour les microfilms et documents numérisés, des locaux pour les livres précieux, des locaux pour les chercheurs de haut niveau. Sans parler de la bibliothèque des imprimés, d’une superficie de 2304 m2, en libre accès. La salle de lecture peut accueillir quant à elle 700 places. Le programme de la BNRM ne marginalise pas les handicapés. En plus des accès qui sont spécialement aménagés pour eux, le site comprend un espace offrant des services spécifiques aux malentendants et aux aveugles. Le budget prévisionnel de la BNRM s’élève à 150 millions de DH, financés à hauteur de 100 MDH par le Fonds Hassan II. Le reste du budget est pris en charge par le ministère de la Culture. Le Fonds Hassan II a également débloqué 50 MDH supplémentaires pour l’acquisition des équipements de cette bibliothèque qui ouvrira ses portes en fin 2005. C’est le premier des grands chantiers culturels du Maroc. Tout le monde l’attend, parce qu’une bibliothèque est l’équipement le plus important pour conserver et restaurer le patrimoine écrit d’une nation.

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