La «Marocanité» rêvée par Mohamed Sebti

La «Marocanité» rêvée par Mohamed Sebti

A quoi sert la poésie si elle n’aide pas l’Homme à retrouver sa capacité d’étonnement ? Mohamed Sebti, qui vient de signer son premier recueil intitulé «Marocanité», s’est bel et bien acquitté de cette tâche. Soulignons, en passant, que M. Sebti nous vient d’abord des milieux du voyage et du tourisme. Si éloigné de la poésie qu’il puisse paraître, il a montré, preuves à l’appui, que l’on peut être issu des milieux d’affaires et savoir parler le langage des muses. D’emblée, il révèle sa maîtrise de la rhétorique poétique en utilisant l’anagramme : «vers, rêves». Il choisit, par ailleurs, une écriture qui rappelle, curieusement, les aphorismes des présocratiques pour lesquels les paroles poétiques étaient comme des fragments. Des traces vivantes d’une tranche d’expérience. Mais voilà, le recueil de M. Sebti se prête à lire non seulement comme un bel exercice de style, l’auteur nous offre, aussi et surtout, un regard passionné et passionnant sur le Maroc d’aujourd’hui. Sur ce point, il a plus d’une raison d’étonner. D’abord, parce qu’il se démarque d’une conception bien ancrée chez nous qui a fait que la poésie est restée le lieu de projection de toutes sortes de frustrations. En clair, M. Sebti prend ses distances avec la vague nihiliste qui semble gagner, de jour en jour, du terrain. Le titre qu’il a, sciemment et très significativement, donné à son recueil nous édifie déjà sur le fond de sa pensée : «Marocanité». M. Sebti met en musique un concept, dit-il, «mal loti et souvent mal exprimé». «Je rêve du jour où les Marocains seront frappés par une espèce de baguette magique qui leur fera prendre conscience de la beauté de leur marocanité», écrit-il. On comprend évidemment qu’il y a, sinon une absence, du moins un manque patent de conscience de l’importance d’appartenir à un pays d’une grande tradition culturelle et civilisationnelle comme le Maroc. Ce sentiment d’appartenance doit être à lui seul une source de fierté pour tous les Marocains. M. Sebti fait plus que l’exprimer, il le revendique. Il revendique aussi une identité déchiquetée par ceux-là mêmes qui sont censés la protéger, la développer, la mettre en valeur… Plus qu’un devoir, cette tâche doit être une obligation pour tout Marocain appelé à assumer son véritable statut de citoyen. «Je rêve du jour où cette même baguette magique leur fera réaliser que dans l’étape difficile actuelle, ils ont plus de devoirs que de droits». Le devoir «de ne plus saccager notre environnement», «de ne plus salir nos cités», «de ne plus appauvrir nos campagnes», «de ne plus gaspiller la moindre goutte d’eau», « de ne pas venir à la dernière minute pour prendre ma place devant la file du guichet»… «Je rêve (enfin) du jour où les Marocains, pendant qu’il en est encore temps, reprendront confiance en eux-mêmes, en leur spécificité et, pourquoi ne pas y croire, leur exceptionnalité», exhorte-t-il. A-côté de ces vœux, exprimés avec une simplicité désarmante, l’auteur dresse le réquisitoire de différentes tares qui gangrènent la société : corruption, bureaucratie, abus de pouvoir… Un appel sincère pour que le Maroc d’aujourd’hui inscrive son action dans une démarche de progrès, de démocratie et de modernité. M. Sebti a exprimé cet appel dans le langage le plus proche des cœurs : «le langage de l’âme pour l’âm», comme disait Arthur Rimbaud.
 

Mohamed Sebti, un parcours atypique

Né le 3 mai 1946, Mohamed Sebti présente un parcours riche et original. Après des études effectuées entre le Maroc et l’étranger, il se lance dans une carrière dans les métiers du voyage et du tourisme, entrecoupée par une décade dans la diplomatie marocaine et enrichie d’une activité intense dans la société civile. Avec la parution de son recueil de poésie «Marocanité», paru aux éditions «Imprimahd», 128 pages, il vient de révéler une remarquable vocation poétique. 

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