Le métier de broderie a le vent en poupe

Le métier de broderie a le vent en poupe

Dyour Jamaâ, Rabat. Il est 14 heures, une nuée de filles se bousculent à la porte d’un établissement de formation. Une enseigne accrochée sur le frontispice de l’établissement lève un coin du voile sur l’objet de cette impressionnante ruée: la broderie attire de plus en plus de filles désireuses de se former à ce métier. «Puisque l’école publique n’offre pas suffisamment d’opportunités d’emploi, je me suis décidée à poursuivre des études utiles», explique une élève, 17 ans. Mais il y a un autre son de cloche selon lequel le métier de broderie serait un «refuge» pour les élèves non brillants. Une enseignante rencontrée sur place reconnaît cette réalité. «Si la broderie était considérée autrefois comme une base incontournable de l’éducation des jeunes filles des riches familles, beaucoup la pratiquent aujourd’hui faute de pouvoir suivre ou poursuivre leurs études», dit-elle, avec une pointe de regret dans le regard. Et pour cause. «La broderie reflète toutes les subtilités de la civilisation marocaine, elle est une référence inégalable. Les étoffes allient délicatesse, imagination et créativité, et les femmes artisanes restent une mémoire et un beau témoignage sur le savoir-faire dilué dans des apports culturels divers et riches», fait-elle valoir. Avant de se lancer dans une explication marathon sur l’éventail diversifié des types de broderie. En effet, il y a au Maroc plusieurs manières de broder. Il y a la broderie citadine à base de fil d’or, et la broderie des zones rurales. Amina, 36 ans, enseignante de cette couture traditionnelle affirme qu’en principe, il faut aimer ce métier et le pratiquer jusqu’à la perfection qu’il s’agisse de couture citadine ou de broderie rurale. L’essentiel est que cet art soit doté d’une base purement originale. À cet l’école, on peut trouver tout ce que nécessite ce métier. Selon Hanane, bâchelière, 23 ans, veut bien le confirmer.  «J’ai arrêté mes études pour rejoindre mes copines et apprendre cet art incontournable et plein de création», renchérit-elle. «Je n’ai pas regretté de pratiquer ce métier et ma famille m’a soutenue énormément pour aller encore plus loin. Je voudrais devenir un jour une célèbre styliste de la broderie marocaine», espère-t-elle, le regard scrutant l’horizon. Al’école, les filles apprennent différents genres de broderie. Parmi ces genres, figurent tarz rbati, el fassi, randa, et le point de croix qui est très répandu dans le monde entier. Les fêtes sont de véritables révélatrices des tendances et des modes en cours. «Caftan», «jellaba» et «b’diya» et d’autres styles de la robe traditionnelle avec toujours le même souci : une folle envie de plaire. «La robe traditionnelle est incontournable notamment lors des fêtes familiales», a dit Jihane, une ancienne pratiquante âgée de 25 ans. La broderie rbatie ( tarz rbati) est connue pour son extrême finesse. Les motifs s’inspirent des arabesques orientales. La broderie de Fès se distingue par ses motifs généralement floraux et s’inspire des travaux de nos voisins andalous, conclut-elle. Le caftan avec la broderie marocaine est devenue en ces temps modernes plus que jamais prisé par la femme marocaine. Cette dernière y trouve le moyen d’un retour aux sources, un attachement aux traditions, tout en alliant modernité et tradition. Dans différents tissus, sous plusieurs couleurs et sous multiples modèles, les stylistes font preuve d’une imagination débordante. Le caftan marocain connaît de nos jours, un grand succès au point que cette réussite a suscité un vif intérêt de la communauté internationale et de tous les grands couturiers étrangers. D’Yves Saint Laurent à Jean-Paul Gautier, ces derniers n’hésitaient pas à venir applaudir les défilés marocains et vanter la noblesse que dégage cet habit qui n’a pas perdu de son élégance depuis des siècles, révèle Leila Sadiki (25 ans) et ancienne styliste de la broderie marocaine.

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