Les livres de la semaine

« Fès ou les bourgeois de l’Islam »
« Moins une vie accorde au rêve, plus elle fait de place au plaisir. On le voit bien à Fès, où, du plus humble artisan au plus riche bourgeois, tout le monde est passionné pour la fête. Mais de même que l’artisan travaille toujours suivant un style et des données immuables, que l’amant répète toujours les mêmes phrases convenues à sa maîtresse ; de même, le Fassi conçoit le divertissement sous une forme arrêtée pour toujours. Comme toute chose au Maroc, le plaisir, ici, a ses règles, son style, sa qaïda enfin, où personne ne songe jamais à rien introduire de nouveau. Et la stricte observance de cette qaïda finit par ne plus faire qu’un avec le plaisir lui-même. »
« Fès ou les bourgeois de l’Islam » est un véritable voyage dans le Fès des années 20, un plongeon dans les trois mille maisons ravissantes et les cent cinquante palais que comportait cette cité figée dans un rituel immuable qui allait durer plusieurs siècles. L’ouvrage est en fait une étude de moeurs sur Fès. Jérôme et Jean Tharaud furent considérablement aidés dans leur tâche par plusieurs contributeurs non marocains bien renseignés.
Derrière l’idée de l’ouvrage, on retrouve le Résident général Lyautey, qui fit appel aux bons offices des frères Tharaud afin de faire connaître le Maroc aux Français, dans l’optique de rallier les suffrages à sa politique au Maroc.
Le roman comporte douze chapitres, autant de fresques somptueuses consacrées aux principaux aspects immuables de la vie de Fès : les esclaves, les marchands, le mellah, les chikhat, le religion, les chorfa et cherifat, le mariage bourgeois, les femmes et l’amour, l’université et la justice.
Jérôme (1874-1953) et Jean (1877-1952) sont nés à Saint-Junien en Haute-Vienne (87). Ils vont pendant cinquante ans poursuivre une oeuvre à quatre mains, le cadet chargé du premier jet et l’aîné, Jérôme, responsable de la mise au point. Infatigables voyageurs, ils parcoururent de nombreux pays – la Palestine, l’Iran, le Maroc, la Roumanie – et ramenèrent de leurs voyages la matière de reportages et de livres, parmi lesquels on retiendra surtout la série marocaine: « Marrakech ou les seigneurs de l’Atlas », «Rabat ou les heures marocaines », « Fès ou le Bourgeois de l’Islam », « La nuit de Fès». Citons encore dans cette oeuvre fournie «La Lumière », « Les Hobereaux », « La Maîtresse servante », « Les Bien-aimées » et «La Double Confidence », leur dernier livre, paru en 1951. Ils obtinrent le prix Goncourt (1906). Jérôme Tharaud fut élu à l’Académie française le 1er décembre 1938, par 19 voix, contre 11 à Fernand Gregh, au fauteuil de Joseph Bédier. Dans La Vieille Dame du quai Conti, le duc de Castries rapporte que la candidature de Jérôme Tharaud avait posé aux académiciens un cas de conscience. L’écrivain, en effet, n’était que « la moitié d’un auteur »… L’Académie jugea que rien n’empêchait d’élire d’abord Jérôme Tharaud, puis Jean, son frère, le moment venu. Jérôme Tharaud fut reçu le 18 janvier 1940 par Georges Duhamel.
« Et mon mal est délicieux »
« Et si, vers juin 40, Chimène se réincarnait, métamorphosée, en Luz, jeune réfugiée de la guerre d’Espagne, au milieu des ruines de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon ? Et si Max, jeune fils de juge, devenait chaque soir son Rodrigue fou d’amour ? Et si, un de ces soirs, un ténébreux nommé Gérard remplaçait Max dans le rôle de Rodrigue et le coeur de Luz ? Et s’il promettait de revenir jouer Le Cid en Avignon, quand il serait devenu comédien? Et si c’était Gérard Philipe… »
Michel Quint est né dans le Pas-de-Calais en 1949. Professeur de lettres et de théâtre, il a écrit plus d’une vingtaine d’ouvrages (romans noirs et nouvelles) parmi lesquels « Sanctus», « Lundi perdu », « Cake-Walk » et « Aimer à peine », publiés aux éditions Joëlle Losfeld. Il a obtenu le Grand Prix de la littérature policière en 1989 pour « Billard à l’étage » (Rivages noir) et connaît aujourd’hui un très grand succès avec « Effroyables jardins » paru en 2000.
« Le Maghreb à travers ses plantes »
« Les chaînes montagneuses qui se dressent de manière presque continue le long du littoral méditerranéen et qui tombent de manière abrupte dans la mer n’offrent que peu de fenêtre sur celle-ci et provoquent un cloisonnement important des basses terres. De ce fait, les plaines côtières sont étroites et peu nombreuses. Au Maroc, le Fahs de Tanger, la région de Tétouan, la vallée des Beni Bou frah, le Garet, la région de Nador, les Triffa sont les seules terres cultivables. »
Dès les premiers mots, l’on décèle où Jamal Bellakhdar veut en venir. « Le Maghreb à travers ses plantes » abordera le Maghreb à travers sa géographie, ses plaines, ses chaînes de montagnes, que ce soit l’Atlas, le Rif ou le Tell, s’introduira dans les hautes plaines et les régions arides, jusqu’au Sahara. S’ensuivra alors une multitude de paragraphe entièrement dédiés à la flore. Les plantes, et tout ce qui peut tourner autour, se bousculeront devant vos yeux ébahis, jusqu’à ce qu’elles n’aient plus aucun secret pour vous.
« Aux termes de ce vagabondage sans prétentions au coeur de la tradition maghrébine, à la découverte des pratiques, des savoirs, des discours et des croyances liées au monde végétal, une chose nous paraît évidente : où qu’il se trouve, l’homme maghrébin n’est indifférent à aucune des plantes de son milieu, pas même celles qui peuvent paraître de prime abord insignifiantes, celles auxquelles on accole généralement des attributs péjoratifs pour les distinguer des autres: « fève de chacal », « graine de vipère », « paille de rat », etc. » Abdelkader Ballakhdar, pharmacien, docteur en Sciences de la Vie est Lauréat du Prix du Maroc en 1979 et 1997. Il est actuellement chercheur en ethnographie et ethnopharmacologie à Metz en France. Auteur de plusieurs ouvrages et articles sur les pharmacopées au Maghreb, les ressources végétales, les traditions populaires. « De source tropicale, l’arganier (Argania spinosa) est une espèce endémique du Sud-ouest marocain mais quelques pieds isolés arrivent jusque dans la Hammada algérienne. La forêt d’arganier se rencontre essentiellement sur la façade océanique entre Safi et Ifni, dans le Souss et dans les parties occidentales du Haut Atlas et de l’Anti-Atlas jusqu’à une altitude de 1400 m. »
« Islam, modernité et démocratie »
« Il est évident que la problématique fondamentale au Maroc, ainsi que dans les pays arabes et islamiques, est celle relative au développement global, consistant à sortir du sous-développement économique, social, culturel et spirituel. Il est également évident que toute stratégie de développement global doit prendre en considération les supra-structures et autres idéologies qui sont en interaction au sein de la société et avec les institutions de l’État. Les valeurs, ou les idéologies religieuses au Maroc comme ailleurs, sont susceptibles de constituer un levier pour la réalisation des stratégies de développement global, comme elles sont susceptibles de représenter une entrave pour cette entreprise.
L’islam, en tant que religion, peut être appréhendé comme une valeur absolue dans la mesure où il est représentatif d’un ensemble de visions et d’imaginaires humains. À travers l’histoire, il s’est manifesté par le biais d’idéologies qui tendaient en définitive à imposer des choix de société. Si aujourd’hui, l’objectif de l’Etat et de toutes les forces progressistes et démocratiques est justement de jeter les base d’un projet de société basé sur la démocratie et la modernité dans le cadre du triptyque : islam, intégrité territoriale et monarchie constitutionnelle, la réalisation de ce projet nécessite de redonner à l’historie de la nation un minimum d’harmonie. C’est une condition nécessaire pour assurer à ce projet la continuité dans l’histoire. Ce livre remet à l’ordre du jour la dialectique existante entre, d’une part, la refonte des institutions et la transformation des rapports au sein de la société à travers la démocratie et la modernité, et la nécessité de moderniser la conscience des fondements de la nation marocaine et son histoire politique et institutionnelle d’autre part.

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