Les oeuvres de Demnati vues par Abdelfattah Kilito

Mais encore une fois, comment expliquer que les personnages demnatiens, hommes et femmes, et à quelques exceptions près, n’aient pas de visage ? Cela est bien troublant. Il me semble cependant que ce choix esthétique est tributaire d’une réalité sociale précise, d’une situation historique bien déterminée. Le visage suppose la singularité de la personne, l’autonomie, l’individualité, en bref, comme le dit un anthropologue (David Le Breton), l’affirmation du «jeu» et l’écart par rapport à «nous autres». Or, notre culture vise-t-elle à mettre en valeur l’individu ? Ne privilégie-t-elle pas plutôt l’appartenance au groupe, le rattachement à la communauté, la solidarité agnatique ? Au Maghreb, il faut bien le dire, l’individu, et de façon plus générale la modernité, sont une belle promesse non encore tenue. L’instinct grégaire des personnages de Demnati est attesté par le fait qu’ils apparaissent rarement seuls ; le plus souvent, ils forment des grappes humaines, une promiscuité de corps brouillés, enlacés ou emmêlés.

Extrait de la préface d’Abdelfattah Kilito

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