L’homme de quinze mille ans

L’homme de 15 mille ans découvert sans le site d’Ifri n’Ammar, près de Nador, est un sujet adulte, a priori de sexe masculin. Il était grand de taille : 1 m 80, et sa découverte vient s’ajouter à celle de l’année dernière où les squelettes de quatre enfants ont été mis au jour.
L’homme d’Ifri n’Ammar mangeait beaucoup d’escargots. Il faisait en effet partie des Ibéromaurusiens qui étaient friands de mollusques. Ils les consommaient en très grande quantité. Cela ne se lit pas sur les traces laissées sur sa dentition.
L’archéologie moderne, qui complète ses recherches par des études très pointues dans un laboratoire, permet de retrouver les traces du dernier repas d’un squelette remontant à des milliers, voire des millions, d’années. Elle permet aussi de détecter la cause de sa mort. Combien d’hommes préhistoriques présentent un crâne perforé par l’action des crocs d’une bête sauvage ! Pour l’Ibéromaurusien d’Ifri n’Ammar, c’est le contexte archéologique qui a déterminé sa grande consommation d’escargots.
Au demeurant, sa sépulture est assez particulière dans la mesure où il a été retrouvé dans une position inconfortable. Il a été inhumé dans une position assise, ses membres inférieurs ont été repliés, de façon à ce que les genoux atteignent un niveau supérieur à la tête. On ignore le pourquoi de ce rite. Et l’archéologie est justement passionnante, parce qu’elle permet de formuler des hypothèses sur des modes de vie, des pratiques perdues. Elle réussit à partir d’un minimum d’informations – des os et quelques outils – à reconstituer des civilisations humaines. L’homme a été mis dans une fosse assez profonde, il ne porte aucune parure, et « une partie de son squelette a souffert de l’action du feu » précise Abdelwahad Ben-Ncer, enseignant-chercheur et conservateur du musée d’archéologie de Rabat. Qui a creusé le foyer supérieur de la fosse pour que le feu atteigne le corps de l’enterré ? Une autre question passionnante et à laquelle les investigations des archéologues apporteront peut-être des éléments de réponse.
En dépit de l’action du feu, les os retrouvés étaient parfaitement conservés. Ainsi certains os qui disparaissaient, d’habitude, étaient indemnes. Parmi eux, l’hyoïde qui est responsable du langage articulé chez l’homme. De ce point de vue-là, la découverte de l’homme d’Ifri n’Ammar est d’un intérêt considérable.
La morphologie de l’hyoïde est telle qu’elle «permet de conclure d’une façon catégorique à l’usage du langage par les Ibéromaurusiens» ajoute Abdelwahad Ben-Ncer. On savait que ces derniers parlaient, mais on n’en avait pas une preuve irréfutable. Maintenant la question est tranchée, et on le doit à cette découverte.
L’homme d’Ifri n’Ammar a été découvert grâce à l’aide de la Commission de l’archéologie générale et comparative de l’Institut allemand d’archéologie.

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