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Le Maboul
Ensemble de neuf nouvelles issues de deux recueils de nouvelles intitulés : "Le maboul" et "Tu n’as rien compris à Hassan II". Un père de famille sort pour acheter une botte de menthe et revient… six ans plus tard. Un homme raconte son passé à un inconnu, et ce qu’il raconte c’est aussi la vie de l’inconnu ! Un mystérieux séjour à Madrid changera à jamais le destin d’un étudiant en ingénierie… mais qu’est-ce qu’un destin ? Qu’est-ce qu’une vie? «Ils me demandèrent qui j’étais, je leur dis que j’étais élève-ingénieur, cela ne les intéressa pas, ils me demandèrent qui j’étais, je leur dis que j’étais le fils de hadj F., de Oued-Zem, cela ne les intéressa pas, ils me demandèrent qui j’étais et je ne sus que leur dire». Ce recueil de nouvelles, le premier publié par l’auteur des Dents du topographe, commence sur un mode plutôt léger : attablés à un café, des copains refont le monde… quand la chaleur ne les accable pas. « Un peu de terre marocaine », récit d’un humour irrésistible faisant penser à Driss Chraïbi, nous montre un fonctionnaire zélé qui cherche désespérément une poignée de bonne terre marocaine pour l’offrir, selon son souhait, à un diplomate étranger. Mission impossible : la terre appartient aux militaires, aux Saoudiens, à d’autres étrangers… Personnages misérables, laids, mal-aimés, personnages qui s’abîment dans les détails, les mathématiques ou les horaires des trains afin que la vie paraisse un peu plus rassurante. Ce recueil nous mène de l’absurde à la détresse en passant par un chaud sentiment de fraternité, et pas mal d’éclats de rire de la part du lecteur qui retrouve ici les qualités de Fouad Laroui : sa vivacité dans l’écriture, son art de débusquer les non-sens de nos sociétés, et son humour à toute épreuve.

Fouad Laroui, « le Maboul », Le fennec, 92 pages, 2006


Noir Dehors
Un après-midi d’août étouffant à New York. Soudain, c’est la panne générale. Tout s’arrête. La ville qui ne dort jamais devient la scène chaotique où les plus extrêmes solitudes vont s’entrechoquer. Il y a d’abord Naomi, la si jolie " pute à crack " enfermée dans un bar clandestin de Brooklyn, chancelante et affamée de curiosité, sur laquelle veille jalousement l’énigmatique Bijou. Il y a Simon Schwartz, l’avocat médiatique, au 36e étage d’une tour déserte du Financial District, salaud qui cherche sa rédemption dans les bras d’une femme jamais possédée.
Il y a Canal, l’érudit en arts martiaux, le disciple confucianiste, Canal ainsi baptisé depuis qu’on l’a trouvé nourrisson abandonné sur le trottoir de Canal Street à Chinatown, et que l’incendie du magasin où il travaillait a de nouveau jeté à la rue… En glissements progressifs vers la folie ou l’expiation, en monologues nerveux, nos personnages vont s’ouvrir à la liberté et se réveiller différents.
Un roman choral superbement réussi : " short cuts " d’une plongée dans les ténèbres.

Valérie Tong Cuong «Noir Dehors », Grasset, 2006, 210 pages


A Garonne
"Le début de l’après-midi était insupportable de lenteur, sombrait parfois dans la morosité d’un cahier de vacances, l’ennui infini d’une sieste où je ne dormais pas. Les quatre coups de la pendule ouvraient enfin l’espace. Nous partions " à Garonne ". Aller à Garonne, c’est infiniment plus qu’aller au bord de la Garonne. Pas besoin d’un article. A Garonne comme on dirait à Brocéliande, sous l’emprise d’un pouvoir. Pas sur la rive, mais dans tout le royaume voué au fleuve. " En nous ouvrant les portes de la Mascagne, la maison de ses grands-parents puis de ses parents, où se retrouve en vacances, toutes générations confondues, la famille Delerm, l’auteur se retourne pour la première fois sur son enfance et son adolescence. Dans le livre peut-être le plus personnel qu’il ait jamais écrit, il nous fait le portrait tendre et doucement nostalgique des lieux et personnages oui l’ont vu brandir chaque été.

Philippe Delerm, « A Garonne », Editions Nil, 2006, 135 pages


Les âmes grises
"Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s’étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour-là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu’ils soufflaient l’air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s’effilocher. On n’entendait rien. Même les canons semblaient avoir gelé. " C’est peut-être enfin la paix… hasarda Grosspeil. -La paix mon os ! " lui lança son collègue qui rabattit la laine trempée sur le corps de la fillette.

Philippe Claudel, «Les âmes grises», LGF, 279 pages, 2006

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