Rabat au rythme du Jazz

Concentré autour du jazz européen, le festival des Oudayas n’en est pas moins ouvert à des rencontres avec des musiciens marocains. C’est probablement l’un des moments les plus appréciés de cette manifestation. Les musiciens marocains et les groupes européens ont une durée très limitée pour répéter ensemble avant de se produire sur scène. Ce qui peut parfois hausser leur rencontre au rang de l’un des grands moments de jazz – musique dont l’improvisation reste une composante essentielle. La liberté qui fonde ces unions est propice à la création.
Au demeurant, la direction artistique du festival a été confiée cette année à un connaisseur de cette musique. Ralf Dombrowski est journaliste dans le plus grand quotidien en Allemagne : «Süddeutsche Zeitung». Il collabore à plusieurs revues spécialisées dans le jazz et dirige depuis cinq ans un grand festival dédié à cette musique en Allemagne : Schloss Elmau.
Selon Ralf Dombrowski, le jazz européen affiche actuellement une meilleure santé que le jazz américain. Il a en plus une identité reconnaissable par tous. «Il tient cette identité de la pluralité des musiques qu’il absorbe. C’est ainsi que plusieurs musiques des régions européennes se mélangent avec la tradition d’improvisation qui vient du jazz» dit-il à ALM. Il a invité pour cette édition les meilleurs représentants de cette musique en Europe. Ainsi le trio franco-italien Mirabassi/ Biondini/ Godard qui permettra au public de se faire une idée sur le brassage du folklore authentique avec la musique jazz. Ce trio formé en 2001 a déjà enregistré un album. Mais personne ne l’a jamais vu jouer sur scène. C’est donc à une première mondiale que le public sera convié le premier soir. Un autre moment fort de ce festival nous viendra d’Angleterre. On le doit au trio AAB. Deux des membres formant ce groupe sont frères-jumeaux. Il s’agit de Phil Bancroff (au saxophone) et Tom Bancroff (à la batterie). Ils sont colosses, et le spectacle de leurs corps massifs se contorsionnant au rythme de la musique est impressionnant. Le grand moment musical qu’ils dispensent sur scène est augmenté par le plaisir qu’il y a à regarder leurs corps de géants se démener pour arracher aux instruments des sons enchanteurs. Le public vivra un autre grand moment de jazz avec un trio néerlandais : Jess van Ruller Trio. Ce trio permet de se faire une idée sur l’évolution de ce genre musical. Il interprète de façon individuelle des mélodies du passé. Le jazz évolue en effet. C’est un genre musical hors-la-loi. Un genre hétéroclite, impur à l’extrême : on ne reconnaît pas une partition de jazz à sa forme, elle n’en a pas de propre. Elle est multiforme.
Le jazz fait feu de tout bois. Il prend parfois des formes établies et s’y ajuste exactement. Le jazz aux Oudayas permet dans ce sens de comprendre que le swing, le bebop et le modern mainstream ne fondent plus cette musique. Il convainc aussi du fait que la création en matière de jazz est plus vigoureuse en Europe qu’elle ne l’est aux USA. Le brassage avec d’autres musiques constitue indéniablement un indice de sa bonne santé. Majid Bekkas, musicien et co-directeur artistique du festival, ne tarit pas d’éloges sur l’apport de ce festival. Il confie à ALM : «Ce festival donne aux Marocains l’occasion de s’exprimer sur scène. Ceux qui sont soucieux de recherches musicales, qui ne pratiquent pas la musique commerciale, gagnent beaucoup en se produisant avec les grands du jazz européen».
À signaler que ce festival est organisé par nombre d’Instituts culturels de la Communauté européenne en partenariat avec le ministère de la Culture et de la Communication et la wilaya de Rabat-Salé. Un chapiteau sera dressé aux Oudayas pour recevoir près de 700 personnes. Le prix d’entrée n’est pas dissuasif : 30 DH pour le public et 10 DH pour les étudiants. Une partie importante des recettes ira renflouer les caisses d’une organisation de défense des droits de la femme.

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