Slaoui : “notre art est sous-valorisé”

Slaoui : “notre art est sous-valorisé”

ALM : Que pensez-vous du projet du musée d’art contemporain de Rabat ?
Hassan Slaoui : A l’occasion du lancement initial du projet du musée d’art contemporain, le ministère de la Culture avait réuni une vingtaine de personnes pour présenter le projet et susciter des réactions. À l’époque Rachid Andaloussi était le maître d’ouvrage.
À l’occasion de cette rencontre, l’architecte avait présenté son projet en l’accompagnant d’une projection pour illustrer ses propos. J’avais trouvé que la démarche sur le plan architectural était intéressante, le parti choisi avait opté pour préserver deux villas parmi les quatre existantes et de les intégrer dans un ensemble.
Durant cette rencontre, le projet de musée paraissait quelque peu abstrait. Sa définition architecturale, exposée devant nous, semblait plus en avance que la définition de sa vocation. S’agissait-il de musée proprement dit, au sens de lieu d’exposition et de conservation ? Ou bien alors allons-nous bénéficier d’un centre d’art contemporain, espace d’échanges, d’expérimentation ? Ce ne sont pas là deux projets antinomiques mais largement différents dans leur gestion. Dans le premier cas se posera la question de la ou les collections. Comment acquérir les pièces majeures ? D’où proviendraient les fonds d’acquisition ?

En parlant de collection, que pensez-vous de la politique du ministère de la Culture dans l’acquisition de tableaux de la peinture contemporaine ?
J’ignore si le ministère de la Culture acquiert des œuvres, mais quelle que soit l’envergure de sa collection, je ne pense pas qu’elle remplisse tous les critères qu’exige un haut lieu de l’art tel que nous l’imaginons.
Toute collection dans ce cas devrait être représentative des tendances fortes de notre histoire et ce dans un équilibre subtil, savant, équitable…

Mais encore ?
Il est à souhaiter que cette nouvelle institution s’attarde sur son fonctionnement, afin que s’y instaure une activité dynamique inventive, ouverte, pour qu’elle ne sombre pas rapidement dans la routine des musées poussiéreux que nous connaissons déjà et qui souffrent de limites budgétaires.
Je suis heureux qu’enfin un tel projet voit le jour, mais je ne peux cacher mon amertume, voire ma gêne en temps qu’artiste de constater que notre patrimoine artistique historique reste sous valorisé, en constante détérioration, voire en disparition irrémédiable…

Aujourd’hui, l’espace est confié à un autre maître d’ouvrage. Celui-ci a réalisé un plan d’architecture à arcades, style colonial qui a suscité beaucoup de remous dans le milieu des artistes et des architectes. Comment réagissez-vous à cela ?
Personnellement je n’ai pas encore eu l’occasion de voir le projet en cours d’exécution, mais je crois savoir qu’il y a une refonte totale du concept architectural.
 Il semble que le choix a été porté sur des caractéristiques traditionalistes. Soit, je ne suis pas contre la démarche qui consiste à puiser dans nos traditions pour réaliser des œuvres contemporaines. Cependant, il faut voir comment tout cela s’articule.
C’est vrai la tradition reste un réservoir et une source d’inspiration inépuisables mais qui demande beaucoup d’intelligence et de professionnalisme lorsqu’il s’agit de la transposer de l’adapter à la modernité. Le danger est de verser dans le plagia et de puiser des objets architectoniques comme des fioritures simplement décoratives. Pourrons-nous un jour traiter ces problèmes avec plus de sérénité et nous débarrasser de nos multiples sursauts identitaires comme si on avait peur de perdre notre âme ?
Je ne peux m’empêcher de penser au Guggenheim de Bilbao et l’attrait qu’il a exercé de par sa forme sculpturale insolite, au point de susciter une véritable renaissance de la ville. Ma pensée va également au « Carré de Nîmes », bâtiment ultra moderne, faisant face au carré romain avec sa colonnade classique, devenu haut lieu de l’art pour toute une région…
Les exemples sont multiples et à les regarder de près, nous pouvons constater qu’il n’y a pas de modèle à suivre ni de recette toute faite, chaque cas a pu déterminer sa propre vocation. À nous de trouver la nôtre.

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