Transsexuels au pays des mollahs

Transsexuels au pays des mollahs

Vous croyiez connaître l’Iran et la rigueur de sa morale islamique, détrompez-vous! En Iran, pays de tous les interdits où l’homosexualité est considérée comme un crime et punie de mort, la transsexualité a pourtant droit de cité. C’est même l’Etat qui finance les opérations de changement de sexe de ceux et de celles qui s’estiment enfermés dans un corps qui ne correspond pas à leur véritable identité sexuelle.
Les Iraniens doivent à l’ayatollah Khomeyni, fondateur de l’Iran théocratique, la reconnaissance du droit des transsexuels à retrouver leur véritable identité. Nous sommes en 1978. Khomeyni, encore en exil en France, édicte une fatwa qui autorise toute personne à changer de sexe dès que sa transsexualité est établie médicalement et reconnue par un juge religieux.
Pour expliquer cet acte politique majeur, plusieurs thèses sont en concurrence.
Selon la première, il s’agissait surtout d’éviter que l’homosexualité se développe à la faveur de la confusion des genres entre féminin et masculin. «A l’époque où Khomeyni a rendu son verdict, témoigne une iranienne devenue iranien, les mœurs étaient corrompues. Des centaines d’homos et de lesbiennes se réunissaient dans un parc au cœur de Téhéran. En autorisant les transsexuels à changer de sexe, l’imam séparait le bon grain de l’ivraie… ». L’un des effets, dénoncé comme pervers de cette loi, serait d’ailleurs que de nombreux homosexuels changent d’identité sexuelle avec la bénédiction des autorités afin de pouvoir vivre en paix avec leur conjoint…
Une autre origine de cette fatwa révolutionnaire est attribuée à l’activisme pionnier de Maryam Hatoun Molkara , qui était auparavant un homme connu sous le prénom de Fereydoun.
Avant la révolution, ce dernier voulait devenir femme, mais ne pouvait se permettre la chirurgie. De plus, il (elle) souhaitait obtenir une autorisation religieuse. Dès 1975, Fereydoun écrivit donc à Khomeyni, alors exilé politique en France. Après la révolution, Fereydoun fut licencié(e), reçut des injections forcées d’hormones mâles et placé(e) dans une institution. Il (elle) fut plus tard relâché(e) grâce à l’intervention de ses relations et continua à influer sur d’autres dirigeants.
Quand Khomeyni retourne en Iran, Il (elle) alla le voir. Au début, il (elle) fut arrêté(e) et battu(e), dit-on par les gardes, mais Khomeyni lui remit une lettre l’autorisant à se faire opérer afin de changer de sexe. C’est cette lettre qui devint, par la suite, la fatwa autorisant de telles opérations en Iran. Il y a enfin cette histoire rapportée par les étudiants en théologie, fervents admirateurs du fondateur de la république islamique iranienne: Khomeyni avait rendu ce verdict après qu’un couple qui n’éprouvait plus de plaisir physique l’eut contacté. Il leur aurait conseillé de changer de sexe et, une fois la femme devenue homme et l’homme devenu femme, de se remarier…
Le nouveau gouvernement religieux qui s’est établi après la révolution de 1979 a classé les transsexuels et les travestis avec les gays et les lesbiennes, qui étaient condamnés par l’Islam et risquaient le fouet et la mort d’après le code pénal iranien .
La fatwa originelle de Khomeyni a finalement été confirmée par l’actuel guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei. Elle est soutenue également par de nombreux membres du clergé iranien. Cependant, il existe toujours des préjugés forts vis-à-vis de la transsexualité dans la société iranienne, et il est conseillé à la plupart des transexuels ayant été opérés de rester discrets sur leur passé. Une fois qu’un individu transgenre change de sexe, cette personne devient légalement une personne de ce même sexe. Tous les documents légaux, comme les certificats de naissance et les passeports sont modifiés selon l’opération subie.
L’Hojatoleslam Kariminia, membre du clergé moyen et ouverte en faveur des droits des transsexuels, souhaite pour sa part «suggérer que le droit des transsexuels à changer de sexe soit considéré comme un droit de l’homme».
Dans son rapport pour l’année 2001, le HCR constate certes que la chirurgie de changement de sexe est fréquemment et ouvertement menée en Iran, mais que les homosexuels et les travestis ne sont en sécurité que tant qu’ils gardent profil bas.
Il semble également, d’après les témoignages recueillis par une ONG spécialisée, qu’il n’est pas possible actuellement pour les individus transgenres de choisir de ne pas subir de chirurgie : si on leur accorde le droit de changer de sexe, il est attendu qu’ils le fassent immédiatement. Ceux qui ne veulent pas se faire opérer (ainsi que ceux qui se travestissent ou ne peuvent définir leur sexe) sont considérés comme étant de leur genre biologique et, en tant que tels, peuvent être soumis au harcèlement pour le fait d’être homosexuels et sont donc sujets aux mêmes lois interdisant les actes homosexuels. La cause des transsexuels iraniens a finalement connu un retentissement international en 2002 par le biais d’un film intitulé «Juste une femme» , réalisé par Mitra Farahani. Ce documentaire de 26 minutes évoque très courageusement la condition féminine en Iran, tout en abordant le vrai visage de la transsexualité, les craintes à se montrer en tant que femme, le rejet des autres, les menaces permanentes. Ce documentaire a d’ailleurs été récompensé au Festival de Berlin par le prix spécial du jury.


 Transsexualisme, transgendérisme et travestisme


Le transsexualisme désigne l’état dans lequel une personne exprime le sentiment profond d’être un homme ou une femme contrairement à l’identité associée à ses organes génitaux. La personne peut ou non avoir recours à des traitements hormonaux ou chirurgicaux visant à mettre en harmonie son corps et son identité.
Bien que dans de nombreux pays l’état de transsexualisme ne soit reconnu qu’à des personnes ayant eu recours à un traitement hormonal et chirurgical, certains estiment qu’il n’appartient pas à une autorité administrative de décréter quelles interventions sur le corps d’une personne sont nécessaires à la mise en harmonie de son corps et de son identité.
Le transgendérisme est l’expression du sentiment profond qu’a une personne que son genre est différent de celui que la société lui assigne, en fonction de son sexe physique : d’un troisième genre, des deux ou de plusieurs genres, sans genre, etc.
Le travestisme dans lequel une personne ne vivant pas de manière conflictuelle le genre qui lui a été attribué à sa naissance éprouve le besoin (souvent irrépressible) de porter des vêtements considérés socialement comme étant inappropriés pour son sexe.


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