Un film sans haine

C’est sous le signe de la poésie qu’il faut placer le tout premier long-métrage d’Omar Chraïbi. Son titre «L’homme qui brodait des secrets» annonce d’emblée les intentions poétiques de son auteur. La poésie ne sert d’ailleurs pas seulement de noyau au film, mais garnit et détermine son action. Ce film est une quête de la poésie. Naji, l’un des personnages principaux, cherche à retrouver la trace d’un poète disparu. Il la retrouve en même temps que les valeurs qui lui sont chères. Poésie jusque dans les séquences tournées dans les paysages de la région de Marrakech et à l’intérieur de la maison de Naji. Le paysage à la fois montagneux et boisé d’Ourika se prête à un tournage qui se veut poétique. Mais cette poésie est également très bien rendue dans les plans d’intérieur. Le cadre intimiste, avec des lumières tamisées et un éclairage en tremblé très doux de la maison de Naji promet de beaux moments aux spectateurs. Qui dit poésie dit langage. Le dialogue est par moments très fructueux dans «L’homme qui brodait des secrets». À d’autres moments, il pêche par le côté phrase d’auteur. Du point de vue du traitement cinématographique, on peut émettre quelques réserves quant aux longueurs découlant de l’intérêt même du texte. C’est d’ailleurs le propre des films qui font la part belle aux échanges verbaux entre les acteurs. Certains réalisateurs, dont Quentin Tarrentino, remédient à cela par deux façons. Ils mettent tant d’intensité dans les échanges que le spectateur ne se rend pas compte de leur durée. Ils établissent aussi une espèce de dynamique de la caméra en multipliant les passages d’un interlocuteur à l’autre. Ce qui donne l’illusion d’un mouvement accéléré. Par ailleurs, il est difficile de parler du film d’Omar Chraïbi et passer sous silence le rôle tenu par Tayeb Saddiki. Il a été magistral dans ce film, il a posé un jeu très réfléchi sans cesser de nous faire le coup de l’acteur qui se la joue. «L’homme qui brodait des secrets» est un film sans haine. C’est probablement là sa principale nouveauté et ce qui le démarque des films vus jusque-là. Naji a fait l’objet d’une injustice grave. Il n’a pourtant nourri aucune rancune envers ceux qui l’ont spolié de la maison du poète. Ce film ne montre pas le méchant puni, mais le méchant jouissant en toute impunité du fruit de ses abus La fin du film est une belle réussite sur tous les plans. L’important ne réside pas dans le fait de se dépenser vainement pour récupérer un bâtiment, mais de ne pas laisser les préoccupations intéressées des autres ronger les valeurs qui nous importent.

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