Une vie, des enseignements

ALM : Que représente Juan Goytisolo dans la littérature espagnole d’aujourd’hui ?
José Maria Ridao : Le rôle qu’a joué Juan Goytisolo dans la littérature espagnole dépasse son propre art et ses engagements pour embrasser ceux d’une grande partie d’écrivains espagnols. Car il a participé à l’identification et la récupération d’une tradition littéraire qui était occultée. Une tradition dont le mot d’ordre n’est autre que la tolérance, mais qui était cachée pour des considérations autres que littéraires. Des écrivains qui avaient, non seulement élaboré des idées de tolérance, mais aussi pris position dans ce sens. S’il est quelqu’un à qui revient le mérite de leur avoir redonnées vie, c’est bien Juan Goytisolo.
Qu’est-ce qui explique à votre avis le choix fait par Goytisolo de s’installer au Maroc, à Marrakech ?
Ce n’est pas un hasard. D’une certaine manière, son souci a été de vivre une partie importante de la culture espagnole, qu’on s’acharnait à passer sous silence, à enterrer et qui avait une relation étroite avec le monde musulman. Son désir est de comprendre profondément ce monde. L’installation de Juan Goytisolo au Maroc n’est pas seulement un geste à l’égard du Maroc, mais à l’égard de toute la culture arabo-musulmane, dont il puise une partie de sa propre identité.
Quel enseignement devrait-on tiré à la fois de l’art, de la vie et des positions de Goytisolo ?
Ne pas laisser cette tradition espagnole être enterrée de nouveau. Bien au contraire, il faut la prolonger et en faire profiter d’autres nations de ce grand Occident qu’on oppose, à tort, à l’Orient. Il y a des ponts à établir, avec de nouveaux mécanismes, plus modernes, plus globaux. Cela commence par une compréhension mutuelle dont les premiers jalons sont d’ores et déjà établis.

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