La PME est laissée pour compte

ALM : A l’heure où la phase finale du démantèlement tarifaire, prévu dès mars prochain, est en passe d’être lancée, où en est la PME marocaine dans sa mise à niveau ?
Moncef Kettani : Il ne faut pas se leurrer. La PME marocaine n’est pas prête pour les enjeux à venir, cela est certain. Au jour d’aujourd’hui, aucun programme de soutien et aucune forme d’accompagnement de la PME n’ont été mis en place, encore moins réussi. Je dirai même que la situation a empiré dans la mesure où, avant, les PME avaient au moins un interlocuteur identifié à qui elles pouvaient s’adresser. Ce n’est plus le cas. Maintenant, l’on ne sait plus à quel département ou organe ministériels se vouer. La PME est laissée pour compte.
Même après la création d’un ministère a la charge de ce dossier ?
Un point est à éclaircir à ce propos. Toutes les mesures qui ont été adoptées, tous les organes qui ont été créés dans le volet de la mise à niveau visent les grandes entreprises ou les PME qui leur sont affiliées. Celles qui, en général, disposent de leurs propres moyens pour se restructurer. Les associations des petites et moyennes entreprises n’ont pas été touchées par cette vague de renouveau et réhabilitation de l’entreprise marocaine.
A mon avis, le problème se pose au niveau du manque d’une vision claire de l’avenir de l’économie du pays. Le gouvernement n’a pas encore trouvé son chemin. Le manque de confiance qui commence à s’installer.
Mais concrètement, quels sont les facteurs qui handicapent la mise à niveau des PME-PMI ?
Il y a d’abord des sources de blocages administratives liées à la dispersion de ce dossier entre plusieurs départements et le manque d’interlocuteurs viables et sérieux. Le système bancaire, tel qu’il est établi actuellement et de part sa situation monopolistique, ne permet pas aux entreprises d’accéder à des crédits. Les banques verrouillent l’accès. Pour elles, Les enjeux sont ailleurs.
La mise à niveau, dépend-elle uniquement des moyens financiers ? N’y a-t-il pas d’autres raisons inhérentes à l’entreprise elle-même ?
Je ne vois pas pourquoi un jeune entrepreneur refuserait de revoir ses cartes pour rendre son entreprise plus compétitive et plus profitable. Mais pour cela, il faut bien un accompagnement tant juridique que financier. Or, le manque est flagrant en ce qui concerne le cadre juridique sur la concurrence et les règles qu’elle implique. Le Crédit jeunes entrepreneurs a été aboli. Seuls les Centres régionaux d’investissement contribuent effectivement, et dans la mesure des prérogatives qui leur sont attribuées, à la promotion des entreprises.
Il y a également des lignes de crédits qui proviennent d’ailleurs, notamment de l’Europe. Est-t-il facile pour une PME d’y accéder ?
Ce ne sont pas les fonds qui manquent. Mais c’est l’usage qu’on en fait, ou pas, qui bloque leur gestion de manière efficace et rentable à l’économie marocaine et aux PME en particulier. Aucun de ses fonds ne vise les petites ou moyennes entreprises – j’entends bien les PME qui sont gérées par de jeunes ingénieurs ou autres, où règne un esprit entrepreunarial et qui ne sont affiliés à aucune grande structure. En attendant, il est clair que l’entreprise, à elle seule, ne peut pas procéder à sa mise à niveau. D’autres pays l’ont compris bien avant nous. Pour eux, la mise à niveau est un processus qui a été entamé depuis longtemps et qui se prolonge dans le temps. Ici, elle tarde à voir le jour.
A votre avis, le changement devrait commencer par quoi ?
Par une mise à niveau politique et administrative. Il faut noter dans ce sens que l’Etat est un mauvais payeur. Par la régularisation du système bancaire, dans le sens où il faut rompre avec cette politique de monopole qui règne dans ce secteur. Il va de soi que le rôle des banques n’est pas d’ordre social. Mais revoir ce système ne ferait que dynamiser leur action. Par une redéfinition de la PME au Maroc. Pour les décideurs politiques et économiques, elle est toujours acculée à un statut de perturbateur. Il serait grand temps que cela change.

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