Après le départ de Moubarak : Les égyptiens confrontés aux défis de la construction de la démocratie

Après le départ de Moubarak : Les égyptiens confrontés aux défis de la construction de la démocratie

Moins d’un mois après la chute du Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, le président égyptien a décidé, lui-aussi, de quitter le pouvoir. Après trois décennies de règne, Hosni Moubarak a été contraint de céder à une vague de protestations, sans précédent, depuis le 25 janvier dernier réclamant des réformes démocratiques et le départ du chef de l’Etat. «En cette conjoncture difficile que traverse le pays, le président Moubarak a décidé de quitter le pouvoir». C’est en ces termes que le vice-président Omar Souleimane a annoncé, vendredi 11 février, le départ du chef de l’Etat à l’âge de 83 ans. Hosni Moubarak est désormais le deuxième président d’un Etat arabe qui quitte le pouvoir sous la pression du peuple, après Ben Ali. M. Moubarak a chargé le Conseil suprême des forces armées égyptiennes de gérer les affaires du pays durant la phase transitoire. Dans ce cadre, le Maroc s’est félicité des intentions précises et des engagements clairs formulés, samedi, par l’institution militaire en Egypte pour assurer une transition pacifique vers un pouvoir civil démocratiquement élu. C’est ce qu’a indiqué, samedi 12 février, un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération.
«Le Maroc considère que ces mesures permettront à l’Egypte d’évoluer sûrement sur la voie de la stabilité politique, de la cohésion sociale et du progrès économique, répondant aux aspirations légitimes de tous les égyptiens», souligne la même source. Le communiqué du département de Taïeb Fassi Fihri précise que «le Maroc espère vivement que l’Egypte continuera à jouer pleinement son rôle primordial, sur la scène régionale et internationale, notamment dans la défense des causes du monde arabe et de la Omma islamique». Le Maroc exprime, en outre, «sa pleine confiance au génie du peuple égyptien et la maturité politique de l’ensemble de ses forces nationales pour la mise en place pacifique, durant cette phase transitoire, des réformes constitutionnelles et des mesures politiques annoncées, en prévision notamment des différentes échéances électorales à venir». Le Royaume du Maroc rappelle, par ailleurs, «en ces circonstances toutes particulières pour ce grand pays arabe son attachement aux relations fraternelles denses et profondes entre les deux pays frères et sa disposition à les renforcer, à les consolider et à les élargir à l’avenir». A noter que depuis vendredi dernier, c’est l’armée qui dirige l’Egypte dans un vide constitutionnel. Vingt-quatre heures après avoir hérité de la gestion du pays, l’armée a voulu rassurer les citoyens, en promettant dès samedi une «transition pacifique» vers «un pouvoir civil élu», et en maintenant l’actuel gouvernement en fonction pour gérer les affaires courantes. Répondant aux revendications des protestataires, l’armée égyptienne a annoncé, dimanche, la suspension de la Constitution et la dissolution du Parlement. Elle a annoncé, aussi, que la période transitoire sera de six mois. Dans la nuit de samedi à dimanche, l’armée avait commencé à disperser les manifestants dans la place Tahrir, alors que le trafic sur le rond-point reprenait lentement pour la première fois depuis 20 jours. L’armée, qui avait exprimé la détermination à assurer le respect des revendications des manifestants, a appelé les occupants de la place Tahrir à rentrer chez eux. A préciser que malgré le départ du président égyptien, certains manifestants ont prévenu qu’ils resteraient à la Place Tahrir pour «protéger la révolution» et mettre la pression sur le Conseil suprême des forces armées. Dans des communiqués, les organisateurs de ces rassemblements avaient demandé la levée de l’état d’urgence, en vigueur depuis 1981, la dissolution du gouvernement et la suspension du Parlement élu après le scrutin controversé de novembre 2010.
Ils avaient appelé aussi à la mise en place d’un Conseil présidentiel transitoire composé de cinq membres, quatre civils et un militaire, à la formation d’un gouvernement de transition pour organiser des élections dans les neuf mois à venir ainsi qu’à la création d’un comité chargé d’esquisser un projet de constitution démocratique. Parmi les revendications des manifestants, figurent aussi la liberté de la presse et syndicale, la formation de partis politiques et la fin des tribunaux militaires et d’exception.
Par ailleurs, le Premier ministre Ahmed Chafik a déclaré, dimanche, que la sécurité était la première priorité du gouvernement égyptien. «La première priorité de ce gouvernement est de restaurer la sécurité et de faciliter la vie quotidienne de la population», a précisé M. Chafic au cours d’une conférence de presse. Le cabinet de M. Chafic, un général et ancien ministre de l’Aviation, a été formé le 31 janvier quelques jours après le début de la révolte.


Chronologie de la révolution du 25 janvier

• 25 janvier : Début de manifestations antigouvernementales sans précédent, qui ont fait depuis au moins 300 morts, selon l’ONU et Human Rights Watch et des milliers de blessés.
• 29 janvier : Hosni Moubarak annonce la nomination d’un nouveau Premier ministre, le général Ahmad Chafic, et la création du poste de vice-président octroyé au chef des renseignements, le général Omar Souleimane.
• 1er février : Hosni Moubarak annonce qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle de septembre. Plus d’un million de manifestants exigent son départ immédiat.
• 6 février : Les Frères musulmans se joignent à un dialogue national, avec d’autres groupes d’opposition, mais dénoncent l’insuffisance des réformes proposées.
• 7 février : Des centaines de milliers de personnes manifestent contre Moubarak, les manifestations les plus importantes depuis le début du mouvement. Le nouveau gouvernement approuve une hausse, à partir du 1er avril, de 15% des salaires des fonctionnaires ainsi que des retraites.
• 8 février : Hosni Moubarak forme une commission pour apporter des amendements à la Constitution.
• 9 février : Les manifestations massives continuent.
• 10 février : Hosni Moubarak annonce qu’il délègue les pouvoirs du président à son vice-président Omar Souleimane sans pour autant annoncer sa démission, provoquant la colère des manifestants.
• 11 février : Hosni Moubarak quitte le pouvoir à l’âge de 83 ans.

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