Ben Bahtane : Le piratage est un frein à la création

ALM : Sachant que le Maroc est à la traîne en matière de protection de la propriété intellectuelle et des droits d’auteur, quel état des lieux dressez-vous du piratage informatique dans notre pays ?
Nadia Ben Bahtane : D’après les chiffres rendus publics cette année, et regroupés dans une étude que BSA Monde a réalisée à travers le groupe de conseil et d’études IDC, le Maroc enregistre un taux de piratage informatique de l’ordrede 73%.
Cette étude qui couvre 86 pays a été réalisée avec une méthodologie totalement différente de celles adoptées dans les précédentes études. IDC a élargi la connaissance du piratage à de nouvelles catégories de logiciels pour micro-ordinateurs non couvertes par les études précédentes, comme les systèmes d’exploitation, les logiciels grand public et les logiciels en langues locales. Ces catégories ont multiplié par deux la gamme des logiciels couverts.
C’est ce qui explique l’écart entre le taux de cette année et celui de l’année dernière, qui faisait état d’un taux de piratage de 58%.
Les résultats de cette étude confirment que le piratage de logiciels demeure un problème majeur; un pays sur trois enregistre un taux de plus de 70% et un pays sur deux affiche un taux supérieur à 60%. C’est dire que le piratage constitue un énorme problème au Maroc. Un problème d’autant plus grave qu’au Moyen-Orient et en Afrique, ce taux ne dépasse pas les 56%. Dans le monde, il est de 36%.
Quelle est à votre avis l’origine de cette prolifération du piratage au Maroc ?
Le piratage de logiciels a plusieurs origines. La plus répandue au Maroc est le piratage par les revendeurs informatiques qui proposent à leurs clients, parfois à leur insu, des PC préinstallés de logiciels illicites. Ce type de piratage pose un problème à deux niveaux, il crée une situation de concurrence déloyale qui défavorise les revendeurs de logiciels légaux et nuit aux consommateurs, particuliers et entreprises. Les logiciels piratés sont sources de problèmes techniques, de sécurité et ne bénéficient d’aucun support et placent leurs utilisateurs en situation illégale.
Au niveau des entreprises, le piratage est répandu essentiellement au niveau des PME. L’outil informatique y est perçu comme étant un coût supplémentaire plutôt qu’un outil à même d’améliorer la productivité et à optimiser les résultats de l’entreprise.
Alors qu’il est important de considérer l’outil informatique, et particulièrement les logiciels, comme un bien professionnel stratégique qu’il faut gérer avec vigilance.
Ce taux ne tiendrait-il pas également au faible pouvoir d’achat des Marocains ?
Il est clair que le pouvoir d’achat peut être un obstacle, tant au niveau des particuliers qu’au niveau des entreprises pour leur équipement informatique de manière générale.
C’est pour cela d’ailleurs que les éditeurs de logiciels, les constructeurs et autres opérateurs s’allient pour rendre accessible l’outil informatique aux particuliers à travers des offres complètes et étudiées.
Les éditeurs mettent également à la disposition des entreprises des offres étudiées en fonction des différents segments pour répondre à leurs besoins d’équipement logiciel. Il est important de noter que la réussite de telles initiatives ne peut être garantie que par la maîtrise des canaux de distribution.
Quelles sont les principales répercussions du trafic illégal de logiciels informatiques ?
Le piratage de logiciels a de nombreuses conséquences économiques négatives : concurrence faussée dès le départ par les logiciels pirates au détriment des industries de logiciels locales, sans compter les pertes de recettes fiscales et d’emplois du fait de l’absence d’un marché légitime.
Le piratage et la contrefaçon constituent également un frein à la création de manière générale. On ne peut imaginer le développement de la création qu’elle soit logicielle ou musicale… sans une protection efficace de la propriété intellectuelle.
Quel est dans ce sens le rôle que joue l’organisme BSA ?
BSA et d’autres organismes poursuivent leurs efforts pour endiguer la progression du piratage, notamment par la mise en oeuvre de campagnes d’information, auprès du grand public et des entreprises, sur la nécessité de respecter la propriété intellectuelle mais également sur les dangers que représente le piratage informatique.
BSA met également en oeuvre des actions en faveur du renforcement des lois sur la propriété intellectuelle et des mesures visant à la faire respecter.
Il est clair que les actions de BSA et d’autres organismes de lutte contre la piraterie ne peuvent réussir sans une volonté et une politique active du gouvernement pour lutter contre le fléau du piratage.

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