Cadrage : Examen de passage

Dans sa déclaration devant le Parlement, le nouveau Premier ministre a naturellement mis en avant un style spécifique par lequel il veut être identifié par rapport à ses prédécesseurs. Une attitude tout à fait logique lorsqu’on se remémore les circonstances et la genèse qui ont concouru à la nomination de Driss Jettou à la Primature. L’homme sait qu’il est attendu au tournant, comme l’on dit communément.
Mais, il faut reconnaître que le style de ce grand commis de l’État, doublé d’un sens inné de l’esprit pratique et du pragmatisme, a pu rapidement atténuer le sentiment de malaise qui a accompagné les tractations et la composition de son équipe gouvernementale. Il a pu ainsi tempérer le sentiment – largement fondé – de pléthore et de dissonances de la formation qu’il dirige, par une cohérence du discours et une maîtrise de la méthode de travail dont il a fait la promotion lors de sa déclaration de gouvernement.
Définir et énoncer des objectifs clairs et identifiés, hiérarchiser les priorités, déterminer le calendrier, chiffrer les programmes, et aller au-devant de la demande pressante de larges catégories sociales, comme des opérateurs économiques, pour souligner une donnée récurrente et pertinente, celle de l’interdépendance des intérêts de tous et de la communauté de destin de la maison Maroc dans sa globalité.
Dégagé de toutes les pesanteurs idéologiques ou des considérations partisanes avec lesquelles il a dû composer pour satisfaire à l’obligation qui lui était faite de préserver les acquis politiques du scrutin du 27 septembre, le Premier ministre a vu sa marge de manoeuvre s’élargir sensiblement pour lui permettre de déployer sa méthodologie de gestionnaire de la complexité, son sens pratique dans la mise en oeuvre des chantiers et le pragmatisme qui lui est unanimement reconnu dans la recherche du résultat concret.
Dans ses nouveaux habits de Premier ministre non-partisan d’un gouvernement à forte connotation politique, Driss Jettou entame une mission délicate qui consiste à mettre en oeuvre un programme d’action qui ne se prête pas particulièrement à une typologie d’ordre idéologique ou partisan. Il se présente davantage comme le fédérateur des expressions d’urgences et l’inspirateur de solutions tournées vers l’avenir, faisant partie d’un dispositif d’ensemble, structuré et cohérent. Un dispositif qui se jauge à l’aune de l’efficacité sur le terrain et la célérité avec laquelle il pourra réaliser des avancées concrètes sur la voie de la dynamisation de l’activité économique, du rétablissement de la confiance et de l’allègement de la pression sociale.
Il est vrai que dans sa déclaration ambitieuse, le Premier ministre n’a pas été très explicite sur les sources de financement des actions et programmes qu’il a détaillés. Sur ce plan-là, ses détracteurs, à commencer par les formations qui auront à charge d’animer et de structurer l’opposition, ne manqueront pas d’inspirer les débats et les discussions qui éclaireront l’opinion publique et les opérateurs concernés. Mais, le véritable test d’approbation de la méthode qui portera la griffe Jettou, c’est celui des avancées concrètes sur le terrain. Celui qui rétablit la confiance et suscite l’espoir chez les citoyens.
Pour cela, et comme toute équipe gouvernementale nouvellement installée, Driss Jettou et son Cabinet ont naturellement droit à un délai de grâce avant d’être soumis à évaluation.

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