Cadrage : La forme et le fond

L’obligation d’accomplir le service militaire, est dès le départ placée dans le cadre d’une philosophie axée sur la promotion de l’individu par la formation et le rayonnement de valeurs de la discipline, du dévouement et du sacrifice C’est le décret royal N°137-66 portant loi, qui a institué le 9 juin 1966 et organise depuis, le service militaire au Maroc. En préambule du texte, feu SM Hassan II explicitait la philosophie de cette mesure et sa portée sur les plans de la défense de l’intégrité de la patrie et de l’épanouissement et du développement du citoyen.
L’obligation d’accomplir le service militaire, est dès le départ placée par le défunt souverain dans le contexte du souci permanent de promouvoir les citoyens « en les rendant aptes à prendre conscience des responsabilités qu’ils doivent assumer en leurs qualités de citoyens libres au sein de la communauté nationale indépendante».
Le décret royal fixait aussi les objectifs du service militaire institué. En premier lieu, c’est le souci de défense de la patrie grâce à une formation de base qui puisse permettre aux appelés de « contribuer efficacement et en toute circonstance à la défense de la patrie». Mais, là ne s’arrête pas la portée de cette mesure, pour laquelle le législateur fixait aussi pour second objectif d’assurer une formation technique et professionnelle de nature à élever le niveau social du citoyen assujetti au service militaire et à le faire participer au développement du pays.
Le troisième objectif, tout autant en rapport avec la promotion du citoyen, et partant le développement du pays, était celui de développer chez les citoyens marocains soumis à l’obligation de servir sous les drapeaux, «le sens de la discipline, ainsi que les qualités de dévouement, d’abnégation et de sacrifice pour les causes qui, transcendant les intérêts particuliers, se confondent avec l’intérêt national ».
Ces objectifs, tout en plaçant l’obligation du service militaire, dans le cadre indiscutable de la défense de la patrie, pour tous les citoyens marocains de sexe mâle ne présentant pas les motifs d’exemption ou de sursis prévus, esquissent toute une philosophie axée sur la promotion de l’individu par la formation et le rayonnement de valeurs de la discipline, du dévouement et du sacrifice qui sont les ingrédients essentiels du développement de la société et du pays.
Des valeurs qui hissent le service militaire au-dessus du niveau de la simple formalité administrative, pour en faire un acte profondément patriote. Une mesure sensée consacrer la rencontre de l’intérêt du citoyen et de la nation. L’esprit de cette philosophie a-t-il été préservé ? les nobles objectifs à la base de l’institution de l’obligation du service militaire ont-ils toujours prévalu dans la pratique ? Ou alors, la transplantation sur le terrain de la pratique d’un texte d’une aussi grande portée, avec ce qui a dû l’accompagner d’excès et de favoritisme, a-t-elle fini par réduire une opportunité d’action patriotique, en corvée que l’on s’ingénie à éviter?
La question se pose avec acuité devant la désaffection des jeunes à l’égard l’accomplissement du service militaire. Une « évasion » qui a atteint des niveaux tels, que des mesures sont en passe d’être prises pour resserrer les mailles.
Ailleurs, particulièrement en France, le débat a fait rage, avant que le service militaire ne soit tout simplement supprimé. On a fini par concevoir que l’idéal était que les citoyens se comportent volontairement en patriotes. Chez nous, cet idéal s’est empoussiéré de longues années durant par tant et tant de pratiques contraires à la philosophie même du texte. Plutôt que de songer supprimer une source aussi bien pensée de promotion de l’individu et de l’Etat, ne serait-il pas temps de redonner par les actes, à une obligation légale, l’éclat patriote qui a présidé à son institution ?

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