Cadrage : Transition

Passés les premiers instants de surprise à la suite de la nomination par S.M. le Roi de Driss Jettou comme nouveau Premier ministre, les états-majors politiques sont en train de s’adapter à cette donne et de l’intégrer dans leur stratégie et dans leurs calculs partisans.
La nomination d’un chef de gouvernement technocrate, détenant sa légitimité de la volonté royale, conformément à l’article 24 de la constitution, même si sa stature et son itinéraire en font un homme de consensus, voire de compromis, a rappelé aux principaux partis politiques, notamment les deux majors, l’USFP et l’Istiqlal, que leur poids électoral ne leur permet pas, ou pas encore, d’infléchir de manière incontournable le choix du Premier ministre.
Même le jeu des alliances, entre les composantes d’une carte partisane balkanisée, est souvent apparu contre-productif dans la mesure où il a mis à nu les aspects les moins valorisants de l’action politique, lorsque celle-ci est par trop assimilée à un calcul opportuniste sans foi ni loi. C’est l’image qui est donnée par ces rapprochements et revirements répétitifs de la part de certains partis politiques, qui cherchent coûte que coûte à figurer dans la combinaison gagnante, c’est-à-dire celle qui mène aux strapontins ministériels, quel qu’en soit le prix et quels que soient les reniements.
À l’intérieur des partis les plus structurés, la tendance penche de plus en plus vers une posture favorable à la participation à l’équipe gouvernementale, au-delà des réticences qui se sont exprimées dans un premier temps. Un revirement qui consacre les prises de position de ceux qui, dès l’annonce de la nomination de Driss Jettou à la Primature, se sont montrés favorables à la participation à l’exécutif au nom de la continuité de l’action de l’équipe sortante. Mais l’argument le plus décisif qui amènera les plus réservés parmi les socialistes, par exemple, à la participation est la proximité des élections municipales. Les stratèges de l’ensemble des partis estiment, en effet, qu’aller à ce scrutin en étant en dehors du gouvernement peut se révéler très préjudiciable pour leur formation et risque de les pénaliser. Une prudence d’autant plus compréhensible que l’on a constaté que lors des récentes législatives, le vote ne s’est pas toujours fait sur la base de convictions idéologiques ou doctrinaires, mais davantage sur la base de l’image personnelle des candidats, quand ce n’est pas sur la base d’intéressements de tous genres.
Actuellement, tous les regards sont tournés vers la première chambre du Parlement qui devra abriter, dans les tout prochains jours, l’élection du président. La nature de la majorité qui se dégagera à cette occasion sera un indicateur déterminant sur le rapport des forces dans le futur cabinet Jettou.
Avec toutefois une grande inconnue quant à l’importance des portefeuilles qui reviendront à des personnalités sans appartenance partisane, qui pourraient être affectés à des départements dits de souveraineté ou non. En tout cas, ce gouvernement sera un gouvernement de transition, à l’image de la phase actuelle du processus démocratique dans le pays, qui est encore, lui aussi, en gestation.

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