Décès de la petite Khadija : une nouvelle victime de la bureaucratie consulaire française

Décès de la petite Khadija : une nouvelle victime de la bureaucratie consulaire française

La petite Khadija Chamrouk n’est plus. Âgée de seulement de neuf ans, elle s’est éteinte, lundi 9 août, dans l’après-midi. Atteinte d’une leucémie aiguë lymphoblastique, qui nécessite une allogreffe de cellules souches à l’étranger, Khadija n’a pu quitter le territoire national faute de visa. Ses parents avaient sollicité à plusieurs reprises au consulat français un visa médical. Mais en vain. Décrocher un visa pour la France relève du calvaire pour le citoyen marocain. Et pire encore, en cas d’urgence médicale absolue, les autorités consulaires françaises n’hésitent pas à causer des problèmes administratifs. Une vie marocaine ne vaut-elle pas un visa français ? Le résultat est là : une nouvelle victime de la bureaucratie consulaire française après l’affaire Aïcha Mokhtari (Voir ci-dessous).
Contacté par ALM, le père de la défunte, Othman Chamrouk, bouleversé et toujours en état de choc, n’a pas souhaité pour l’instant donner de déclarations. M. Chamrouk a indiqué qu’il se prononcera bientôt «publiquement» sur les problèmes auxquels il a dû faire face durant toute l’étape de la maladie de sa fille et surtout pour obtenir un visa afin de la faire opérer en France. Les parents de la jeune fille se sont battus depuis plusieurs mois afin qu’elle puisse avoir les meilleurs soins : chimiothérapie, séjours en clinique, soins intensifs. Mais, la survie de la jeune fille dépendait de la greffe comme le prouve une attestation médicale de son médecin traitant, le Docteur Zoubir Chouffal en date du 11 février 2010 : «À 12 mois de recul par rapport au diagnostic, on a assisté à une rechute médullaire isolée (système nerveux central épargné) de la leucémie. L’enfant est sous traitement de la rechute, si une deuxième rémission est obtenue, seule une thérapeutique intensive avec allogreffe de moelle osseuse permet d’espérer le maximum de chances de guérison». Sans ce refus de la part des autorités françaises, Khadija aurait pu être sauvée et retrouver le sourire. Rappelons que son rendez-vous en France était prévu le 17 mai et elle devait être opérée à l’ hôpital La Timone de Marseille. Elle avait été retenue par son médecin traitant car son état de santé s’était aggravé. Et par conséquent, l’enfant devait aller en France dès le début du mois de juin. Pour cette opération, la petite Khadija devait être hospitalisée pendant six mois (minimum) à un an. Quant à la maman, celle-ci devait être hébergée dans une maison d’accueil située à 300 mètres de l’hôpital. Pour sauver l’enfant et récolter les fonds nécessaires pour la greffe dont le montant s’élève à 2 millions de dirhams, l’association Amicale des sports et des loisirs avait organisé deux événements importants : une course et une soirée de gala. La course pour sauver une vie avait été organisée le dimanche 9 mai et avait fait la Une de notre journal. Cette manifestation avait connu la participation de 1.000 personnes de toutes tranches d’âge (de six à 70 ans). De grands noms du sport national étaient présents notamment Nezha Bidouane et Brahim Boulami. L’association Amicale des sports et des loisirs a fait de cette course un événement annuel dans le but de sauver d’autres vies. Quelques jours plus tard, se tenait une soirée de gala au Club Plein Ciel Paradise. Des efforts colossaux pour finalement rien, puisque les services consulaires français ont refusé de lui accorder le visa. Véritables victimes la bureaucratie consulaire française, Aïcha Mokhtari et Khadija Chamrouk sont les cas les plus médiatisés de personnes qui ont quitté ce monde faute de non-assistance à personne en danger.

Affaire Aïcha Mokhtari
Tout le monde se souvient encore de l’affaire dramatique de Aïcha Mokhtari.Cette Marocaine, originaire d’Oujda, qui s’est éteinte le 15 août 2009, souffrait depuis 2008 d’une tumeur très rare au genou gauche, un ostéosarcome avec métastases pulmonaires. Elle avait auparavant déjà subi un an de soins intensifs, deux opérations, de chimiothérapie. Après le dépistage de sa maladie par des spécialistes marocains et eu égard à l’impossibilité de subir les soins nécessaires du fait de l’absence des conditions adéquates dans notre pays, il avait été décidé de la transférer à l’étranger munie d’un dossier légalisé par les services du ministère de la Santé. Elle et son frère, de nationalité française, décident alors de se tourner vers la France pour recevoir les soins appropriés : une demande de visa pour soins médicaux est adressée au consulat de Fès le 25 mars 2008. Quelques jours plus tard, la réponse est sans appel : c’est un refus. Il manquerait des documents à la demande d’Aïcha Mokhtari, concernant les modalités de prise en charge financière de la patiente. Selon son frère, Abdelaziz Mokhtari, le dossier était complet : certificat médical du médecin traitant au Maroc (homologué par le ministère de la Santé marocain) précisant la nature des soins et mentionnant qu’ils ne peuvent être effectués au Maroc, rendez-vous pris pour le 18 avril 2008 à l’Institut Gustave Roussy à Villejuif en France et devis prévisionnel des frais, attestation d’accueil au domicile de son frère à Vaureal, dans le 95, et enfin attestation de l’assurance Isaaf Mondial Assistance, couvrant jusqu’à 30.000 euros Aïcha Mokhtari sur tous les territoires de l’espace Schengen concernant les frais médicaux, le transport médical et le rapatriement au Maroc. Son frère sollicite alors directement plusieurs ministres, dont le ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux. La réponse de son chef de cabinet est troublante : Aïcha Mokhtari n’aurait adressé aucune demande de visa depuis un refus en date du 10 avril 2007. Or Aïcha Mokhtari n’a pas fait de demande à cette date. Après recherches, il y aurait eu confusion avec une homonyme algérienne d’Oran qui, elle, avait fait une telle demande à l’époque. Abdelaziz Mokhtari ne baisse pas les bras et refuse d’abandonner son combat. Pour lui, la France doit reconnaître ses erreurs. Le procès de la défunte a démarré le lundi 27 juillet au tribunal administratif à Paris. La défense du dossier est assurée par William Bourdon, ex-secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH).

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