D’une mission l’autre

Le 4 février 1998, lorsque feu Hassan II avait reçu le premier secrétaire de l’USFP, Abderrahmane Youssoufi, pour lui confier la tâche de constituer son gouvernement, le pays était en passe d’amorcer une nouvelle phase de son histoire politique.
Avant cette date, quatre tentatives de mise en place d’un gouvernement d’alternance avaient échoué. En 1965, en raison de l’enlèvement du dirigeant de l’UNFP, Mehdi Benbarka à Paris.
En 1972, suite à la surenchère affichée par certains dirigeants de ce parti, à l’encontre du Palais, notamment concernant les postes ministériels à pourvoir. En 1984, feu Abderrahim Bouabid avait estimé que son parti n’était pas prédisposé à assumer cette responsabilité, alors qu’en 1994, en dépit des conditions propices, l’alternance n’a pas eu lieu, pour des raisons ayant trait essentiellement, à la vie interne du parti et aux calculs de certains de leurs interlocteurs. L’année 1995 fut alors marquée par deux événements qui allaient s’avérer, déterminants pour la vie politique marocaine.
En août, Abderrahmane Youssoufi, qui boudait à la fois son pays et son parti, quitte la ville de Cannes et regagne le Maroc. En octobre, à la lumière d’un rapport de la Banque mondiale, feu Hassan II, qui présidait l’ouverture de l’année parlementaire, déclare que le pays était menacé d’arrêt cardiaque.
Message reçu, le compte à rebours commença.
L’USFP fit sa volte-face, après plusieurs années d’hésitations, en appelant, d’abord, à une participation positive au référendum de 1996, ensuite en remportant 57 sièges au Parlement. Un nombre qui a permis à Abdelouahed Radi, membre du Bureau politique de l’USFP, d’accéder à la présidence de la Chambre des représentants.
En dépit d’une réticence gauchisante et minoritaire au sein de ce parti, son Premier secrétaire, Abderrahmane Youssoufi, releva le défi de l’alternance gouvernementale, en tant que prélude à une transition politique. Si certains lui reprochèrent la longue durée qu’il consacra à la composition de son gouvernement, la suite des évènements va lui donner complètement raison et traduire l’art et la manière de l’homme. Le 23 juillet 1999, le Maroc est en deuil : feu Hassan II est décédé. Mais le monde entier va découvrir, en même temps, le sens de la réconciliation nationale amorcée par le défunt roi. S.M. Mohammed VI succède à son père sur le trône, dans un climat de sérénité et de paix sociale.
Submergé par la nouvelle vague contestataire, le gouvernement mosaïque de M. Youssoufi, composé de sept partis politiques et de ministres sans appartenance partisane, devrait, à la fois, confirmer son penchant vers la consolidation de l’Etat de droit et préserver à l’Etat son autorité.
Le limogeage de l’ex-ministre de l’intérieur, Driss Basri, en novembre 1999 et le remaniement du gouvernement en septembre 2000, marqué par l’arrivée du Secrétaire général de l’Istiqlal, Abbas El Fassi, à la tête du ministère de l’emploi, ont donné un nouveau souffle à l’exécutif. Néanmoins, en décembre 2000, le Premier ministre fut contraint de recourir à l’article 77 du statut des libertés publiques, pour censurer certains journaux et arrêter leur élan hostile au gouvernement. Un épisode qui pesa négativement sur son bilan. Ceci dit, il n’en demeure pas moins important de souligner qu’en dépit des tractations internes propulsées au sein de l’USFP et au niveau de ses alliés dans la Koutla démocratique, en raison de la participation au gouvernement, le Maroc est en train de connaître pour la première fois depuis le début des années soixante, une expérience électorale libre et crédible. Pour ce qui est de l’action de M. Youssoufi et de son parti, la meilleure réponse sera fournie au soir du 27 septembre. Ce sera, en effet, le véritable test qui validera le bilan du Premier ministre et de son équipe.

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