Éditorial : Clémence et châtiment

Faut-il suspendre l’application des châtiments corporels établis par la Charia ? Le débat, longtemps boudé par les ouléma musulmans, vient d’être lancé par l’islamologue suisse d’origine égyptienne Tariq Ramadan. Dans un document rendu public, la semaine dernière, il a lancé un appel pour un moratoire sur l’application des châtiments corporels de la Charia.
Pour lui, vue de l’occident, l’application desdits châtiments crée une réaction de répulsion envers l’Islam et les musulmans. Cette réaction s’explique tout simplement par le fait que, dans les pays occidentaux, tout châtiment corporel est synonyme de cruauté barbare. Cette réaction de répulsion s’aggrave encore quand ces peines sont appliquées au nom d’une religion car elle contraste le principe de la clémence que l’on retrouve dans toutes les religions dont l’Islam. Pourquoi donc continuer à faire de l’islam l’unique religion qui tolère que des gens soient "torturés" en son nom ? Lapider quelqu’un jusqu’à la mort, couper la main au voleur, fouetter sur la place publique un célibataire ayant commis un adultère sont des sanctions qui figurent certes dans le "code pénal de la Charia", mais sont-elles compatibles avec la situation très évoluée des principes universels des droits humains ? Certainement pas, car, il est inconcevable pour tout être humain, aujourd’hui, de participer, par exemple, à la lapidation d’une femme qui serait tombée enceinte en dehors du mariage. Il suffit de rappeler à ce propos les images sadiques que le régime déchu des Talibans s’amusait à diffuser et où l’on voyait des gens afficher un grand plaisir à égorger les autres et ce sous le regard de la foule réunie à cet effet dans le stade de Kaboul. Et c’est cette image que l’occident retient de l’Islam.
Mais, la plupart des ouléma refusent toujours d’affronter ce genre de débats. Ils considèrent que tout ce qui a été déterminé par les textes est sacré et ne peut faire l’objet de jurisprudence. Or, l’idée d’un moratoire desdits châtiments est recevable du point de vue même de la Charia étant donné qu’il existe déjà un précédent dans l’histoire de l’Islam.
M. Ramadan rappelle d’ailleurs dans le texte de son appel un fait historique très significatif. Le calife Omar Ibn Al Khattab, avait pris la décision de suspendre l’application de la sanction réservée au voleur et qui consiste à lui couper la main durant une année marquée par la sécheresse et la famine. C’est un précédent très important qui signifie qu’un moratoire est possible du point de vue de la Charia.  
Aussi, les ouléma sont-ils appelés à avoir le courage d’affronter cette question. Car, il est temps donc de dire au monde entier que l’Islam n’est pas uniquement la religion du châtiment, mais celle du pardon, de la tolérance et de la clémence. 

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