Éditorial : Combat contre l’oubli

Éditorial : Combat contre l’oubli

Rappelez-vous. Le 16 mai 2003. Des kamikazes se font exploser dans cinq endroits différents à Casablanca. Des attentats aveugles qui ont fait 45 victimes et une centaine de blessés. Un choc immense dans le pays et à l’étranger. Les familles des victimes de ces événements tragiques viennent de se constituer en association pour défendre leurs intérêts et combattre l’oubli. À la souffrance morale provoquée par la perte d’un être cher, s’ajoute dans le cas d’espèce le vide matériel laissé par la disparition soudaine du père qui subvenait aux besoins de sa famille. Car c’est de cela qu’il s’agit. La plupart des victimes des attaques terroristes de Casablanca sont des chefs de famille dont la mort a, du coup, plongé leurs enfants dans un dénuement financier énorme. Du jour au lendemain, plus rien. Qui va maintenant, en l’absence du revenu du père décédé, prendre en charge les multiples besoins et exigences d’un quotidien de plus en plus difficile ? Passé le temps de l’émotion, de la consternation et de la pitié, la réalité a repris ses droits. On ne vit pas seulement de marques de compassion. C’est le cri de détresse lancé justement par les veuves et les enfants des victimes du terrorisme en se constituant en association. Les intéressés ont choisi la rentrée pour se rappeler au bon souvenir des pouvoirs publics. Le choix n’est pas fortuit : la rentrée est synonyme de dépenses dont la plus importante concerne la scolarité. Comment des mères au foyer endeuillées, dont les visages portent déjà les traces d’une souffrance profonde, vont-elles affronter seules une situation aussi pénible sans oublier les frais de tous les jours ? En dehors du don Royal au profit de ces familles, celles-ci attendent toujours un soutien matériel sous forme d’une pension à vie qui leur permet de ne pas sombrer dans la misère et de continuer à vivre décemment. Étant entendu que le niveau de l’allocation doit tenir compte des conditions de chaque famille. C’est la moindre des choses qu’un État puisse faire sachant que rien ne pourra compenser sur le plan affectif la disparition du père emporté tragiquement par le terrorisme aveugle. En un mot, il ne faut pas que cette population injustement frappée qui a payé le plus lourd tribut au fanatisme religieux soit victime du désintérêt et de l’indifférence. Ce serait tout simplement scandaleux. L’élan de solidarité que le peuple marocain leur a témoigné doit continuer autrement. Les compagnons d’infortune de Mme Khammal, qui a perdu le père et le fils à la fois dans les attaques de Casablanca, méritent la solidarité agissante de la nation. Que l’on s’occupe de leur situation financière et de l’avenir de leur progéniture est une obligation qui ne va pas grever le budget de l’État. Les enfants en bas âge doivent pouvoir poursuivre normalement leurs études sans que leurs mères aient des soucis à se faire. Il ne faut pas non plus oublier le cas des blessés dont les attentats de Casablanca ont fait des invalides. Ceux-là aussi ont besoin du soutien.

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