Éditorial : Impunité

On ressent toujours un double plaisir à lire un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF). D’abord, ses auteurs sont des experts en  matière de contrôle et ensuite ils vous étalent des vérités chiffrées qui ne souffrent d’aucun doute. Assurément, les agents de l’IGF sont compétents mais ils possèdent en plus, par rapport aux autres contrôleurs, le sens de la transparence, de la rigueur et la soif de la vérité. C’est pour cela que leurs rapports sont craints par tous ceux  qui vivotent dans la sphère des hauts cadres versant dans la malversation et la dilapidation des deniers publics. Il est donc normal dans un système financier aussi compact que le nôtre que les conclusions des rapports accablants de l’IGF atterrissent dans les tiroirs de l’oubli. Un classement qui met sur le banc des accusés certains décideurs, haut placés, qui couvraient leurs protégés pris en flagrant délit.
Et l’accumulation des délits financiers dans l’impunité absolue a, comme on le sait, totalement miné l’économie nationale. L’enrichissement illégal des uns se fait naturellement aux dépens des contribuables et augmente par conséquent le fossé d’une fracture sociale tissé par les magouilles et les malversations. L’impunité est le vice de tous les maux puisqu’elle encourage les postulants à la dilapidation à passer à l’acte sans crainte d’être poursuivis. C’est le cas de plusieurs hauts cadres de l’Etat qui étaient responsables de plusieurs sociétés étatiques et autres associations et sociétés  coopératives. C’est certainement ce laxisme dans un contrôle strict et conséquent en matière de sanctions qui a poussé le conseil d’administration de la coopérative SCARI à ignorer avec une arrogance inouïe le rapport accablant de l’IGF sur sa gestion. Ce faisant, ses membres se sont faits reconduire à l’issue d’une assemblée générale fictive. Ils ont avalisé leur gestion désastreuse d’un trait de vote et passé sous silence toutes les irrégularités et les malversations relatées avec force par les inspecteurs de finances. Un comportement qui dénote le comble de l’impunité et de l’insouciance quand on sait que cette coopérative brasse des milliards de centimes par an. Il faut avouer que cette arrogance n’est que la résultante logique d’un laxisme au niveau de contrôle interne et externe. Le commissaire aux comptes n’a curieusement détecté aucune anomalie dans la gestion de deux exercices. Ce qui absolument inimaginable quand on série le nombre incalculable des dysfonctionnements relevés par les inspecteurs de l’IGF. Ce qui gêne encore aux entournures, c’est que même le contrôle administratif supervisé par l’ODCO, voire une commission interministérielle a éludé sciemment l’anarchie de gestion qui sévit dans cette coopérative. C’est à croire que tout ce petit monde s’est mis d’accord pour valider l’incorrect en faisant fi du rapport accablant de l’IGF. Il a fallu que le scandale de l’ODCO soit étalé au grand jour l’année dernière pour que l’on redécouvre la vérité d’une tricherie avérée. Mais le mal a persisté même si tout le monde sait que  l’Etat est actionnaire dans la SCARI à niveau de 38% sans qu’il ne perçoive la moindre dividende. Incroyable mais vrai.

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