Éditorial : La crainte du monstre

L’UMT a -t-elle vraiment perdu son bastion de la CNSS au profit de l’UGTM après la défection du bureau de la Fédération nationale de la sécurité sociale? C’est une question qui taraude plus d’un depuis que le secrétaire général de cette fédération, Mustapha Khlafa, a réussi un hold-up syndical jamais égalé. Ce n’est pas n’importe qui, qui oserait fausser compagnie à une centrale aussi historique dans sa création que dans la longévité de sa puissance. Quoi que l’on dise, l’UMT reste un syndicat de référence bien ancré dans l’esprit des salariés toutes catégories confondues. D’autant plus que son leader charismatique, Mahjoub Ben Seddik, continue à mener cette barque depuis plus d’un demi-siècle sans grands heurts. Un record mondial qui vaut à ce militant invétéré d’être apprécié et respecté par toute la classe politique et syndicale malgré une longue hibernation. C’est pour cela qu’il faudrait attendre la suite des évènements pour pouvoir juger de l’ampleur de cette défection. D’autant plus que rien, jusqu’à ce jour, ne démontre que les militants de base de la CNSS vont suivre le changement de couleur de leur bureau. Bien plus, l’UMT a été tres réactive en appelant à une assemblée générale des salariés de la CNSS pour dénoncer ce qu’elle appelle un complot. Quand on connaît la force de frappe des dirigeants de cette centrale, il ne faut pas s’étonner outre mesure si un revirement vient à se produire dans cet imbroglio syndical. Evidemment, les dirigeants de l’UGTM qui ont accueilli les refractaires de l’UMT, jubilent et considèrent cet acquis comme une grande percée. Mais au-delà des rivalités syndicales, la CNSS a beaucoup plus besoin de sérénité et de bonne gouvernance pour redresser la barre d’une gestion catatstrophique. Il ne faut pas oublier que la CNSS a perdu des milliards de centimes en permettant à des sociétés de ne pas s’acquitter de leurs cotisations pendant des décennies. Il faut aussi et surtout rappeler le sacandale financier qui a émaillé la gestion de cette caisse de sécurité. L’insécurité financière a longtemps hanté ses adhérents avant que les pouvoirs publics ne découvrent l’ampleur des malversations financières. Le secretaire général de l’UGTM , Abderrzak Afilal, avait parlé il y a quelques années d’un trou de 50 milliards de nos centimes. Un chiffre qui semble exagéré mais qui n’enlève rien à la gravité de la situation de la CNSS qui a été soumise à plusieurs audits, voire à une enquête parlementaire. Ce qui gêne aux entournures, c’est que malgré la confirmation des malversations par le rapport de la commission de la deuxième Chambre et d’autres auditeurs, aucune suite n’a été donnée à ces conclusions. Les pouvoirs publics se comportent avec la CNSS comme s’ils vont approcher un monstre qui risque de balayer tout sur son chemin. D’où cet esprit de suspicion qui pèse sur tout contrôle de l’Etat, voire sur l’utilité d’une commission d’enquête parlementaire quand son rapport finit dans les oubliettes. C’est à croire que cette guerre syndicale entre l’UMT et l’UGTM a été provoquée pour que le monstre ne se dévoile pas.

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