Éditorial : L’arithmétique du zéro

Les jeunes de 18 ans qui ont voté pour la première fois de leur vie vont être désorientés pour longtemps par la logique du calcul politique. Pis encore, nos enfants qui sont aujourd’hui à l’école risquent de confondre la valeur absolue de l’arithmétique avec les calculs électoraux volatiles qu’ils entendent de la bouche de leurs parents. C’est comme s’ils découvrent à la fin de l’année, dans les épreuves corrigées, que 1+1 ne font pas deux mais zéro. L’explication de cette opération contre-nature tient à conviction versatile du maître correcteur sur la notion de science exacte. Remarquez, le zéro pointé des Arabes n’a pas changé de direction depuis qu’ils ont été les premiers à l’inventer puisqu’il va toujours dans le sens qu’ils empruntent. Il ne faut pas donc s’étonner outre mesure si le déroulement des élections était parfait et si les élus ont atteint le degré zero de la maturité politique. On revient toujours à la case de départ en multipliant par zéro tous les acquis que l’électorat croyait avoir conquis une fois pour toutes. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres quand la loi de la majorité parlementaire ne fonctionne pas et se mue en alliances monstrueuses. Ce qui change toute la donne quand un parti arrive en tête dans une ville avec un nombre élevé de voix et qu’il se voit supplanter par un petit parti dont le score ne dépasse guère trois voix. Cela s’est passé partout au Maroc, surtout dans les villes où le principe de l’unité n’a pas été retenu et où le scrutin de liste a enfanté une pléthore de partis. Même les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Marrakech n’ont pas échappé à ce syndrome de l’illogisme arithmétique, politique, électoral et surtout éthique de nos élus. A Casablanca les partis de l’Istiqlal et de l’USFP ont occupé les premiers postes mais comme partout ailleurs les deux frères ennemis ont préféré la désertion à l’union. Pis encore, si on additionne les voix obtenues par les partis de la majorité gouvernementale à Casablanca, elles dépassent de loin leurs rivaux pour s’emparer de la mairie. Mais l’hétérogénéité du gouvernement étant ce qu’elle est et le décès de la Koutla étant certifié depuis longtemps, tout théorème mathématique est devenu obsolète. Aussi ne faut-il pas tiquer si le parti de l’Istiqlal s’allie avec l’UC et le PJD de l’opposition, même si ce dernier parti joue à tous les postes pour se refaire une virginité sur un terrain miné. Pour les islamistes, tous les chemins mènent à Rome même en compagnie des socialistes qu’ils bannissent, pourtant, à longueur de journée. De toutes les manières, l’arithmétique du parti à référentiel islamiste ne diffère pas de celle des libéraux ou autres progressistes. Tout le monde revient à la case départ en multipliant tous les paramètres par zéro, croyant ainsi qu’il aura le plus grand nombre de voix. Fichtre ! Quand on multiplie un chiffre par zéro, le résultat est toujours nul autant que des élections parfaitement organisées par l’Intérieur et annulées par la stupidité des élus dont la traîtrise envers l’électorat est incommensurable.

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