Éditorial : L’école des fans

Jusqu’à quel point le pouvoir peut-il changer les gens surtout chez nous où son bénéficiaire passe d’un extrême à un autre ? Le socialiste Fathallah Oualalou en sait quelque chose, lui, qui avait pendant des années animé l’enceinte du Parlement pendant la lecture des budgets. L’opposant d’hier avait le savoir-faire d’un économiste émérite, la subtilité d’un politique avéré conjuguée à une éloquence appuyée du brillant professeur universitaire qu’il est. A tel point que sa verve plaisait à tout le monde et dérangeait naturellement ses adversaires politiques et surtout les ministres des finances successifs. Personne ne peut oublier ses critiques aussi acerbes que convaincantes sur le plan d’ajustement structurel et le respect religieux des équilibres fondamentaux. Oualalou détestait ainsi toutes les recettes financières prônées aux pays en difficulté budgétaire par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. Il a fallu qu’il devienne ministre pour opérer un changement de fond en comble qui l’a poussé à tisser une amitié indicible avec ces deux institutions mondiales. Lesquelles viennent de lui rendre la pareille en lui décernant la palme de la discipline budgétaire parmi un club restreint de ses homologues du monde entier. Ce qui n’est pas une sinécure pour un ministre de chez nous qui doit être fier de cette distinction même si sa signification va à l’encontre de ses anciennes convictions. Sauf que la nouvelle philosophie économique de Oualalou n’a jamais été salvatrice dans un pays en voie de développement. Bien au contraire, l’application à la lettre de la rigueur budgétaire du FMI et de la BM, a été souvent à l’origine de plusieurs crises sociales à travers le monde. Tout simplement parce que l’équilibre budgétaire signifie austérité, réduction de subventions étatiques, manque d’investissement, chômage et toute la misère qui s’en suit. Depuis l’arrivée du gouvernement d’alternance en 1998, Oualalou, devenu ministre de l’Economie et des Finances, n’a rien apporté de nouveau par rapport à ses prédécesseurs. Sauf qu’il a appliqué la même rigueur budgétaire en tablant sur les recettes exceptionnelles de privatisation réussies comme celles de Maroc Telecom et la Régie des tabacs. Mais l’exception de quelques ressources financières suppose un équilibre budgétaire limité dans le temps. Pis encore, si l’on y ajoute la réduction de quelques impôts prévue dans la loi des finances 2004, on ne sait comment cette moins-value sera comblée dans les prochains exercices. D’autant plus que ces recettes ne se traduisent pas sur le terrain social par une augmentation des investissements publics dont le montant reste stationnaire. Des chiffres qui ne suivent pas les chamboulements politico-sociaux qui ont suivi les attentats de 16 mai et la stratégie de proximité notamment en matière de résorption des bidonvilles par la promotion du logement social. Quand on sait que le Maroc se déploie pour l’organisation de la coupe du monde, on ne sait quelle part d’investissement a été réservée pour remplacer les maquettes par des stades en béton.

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