Éditorial : Prédicateur B.C.B.G.

Dans un monde musulman perclus de fanatisme religieux, il y a un besoin incontestable pour un discours modéré sur un Islam débarrassé des oripeaux de l’extrémisme, un Islam évolué inscrit pleinement dans son époque sans contradiction ni préjugés. Malheureusement, ce qui domine ce sont les marchands du rigorisme religieux et les acteurs de l’islamisme violent qui fait l’apologie de la mort au nom du jihad. L’intellectuel musulman Tarik Ramadan, qui était l’invité d’une conférence à Rabat sur l’Islam et la modernité jeudi 25 décembre, organisée par la fondation Allal El Fassi, a su investir avec brio un créneau différent en s’érigeant en Europe en promoteur d’une pratique religieuse neuve et tolérante. Dans un monde musulman aux prises avec les démons de l’intégrisme, une voix comme celle de Tarik Ramadan, qui chante l’hymne d’une pensée moderne , ne peut que rencontrer un écho favorable parmi ceux qui refusent les assauts de l’obscurantisme et qui trouvent un certain réconfort dans les paroles de ce conférencier aux interventions au demeurant payantes. Prédicateur B.C.B.G., au look de play-boy, à la barbe finement ciselée , homme intelligent rompu aux techniques de séduction, M. Ramadan l’a compris qui s’est fabriqué un personnage spécial en constante lévitation médiatique en Europe. Qu’on l’aime ou qu’on l’aime pas, le petit-fils de Hassan Al Banna, fondateur de la confrérie des Frères musulmans égyptiens, fait parler de lui partout où il va. Il est devenu une star qui possède son propre public dans le marché segmenté de la religion. Un public ciblé et élitiste constitué en grande partie de la gent féminine qui consomme ses paroles comme un élixir. Le cas Ramadan nous rappelle celui de l’Égyptien Amrou Khaled dont les prêches rencontrent également un grand succès particulièrement auprès des femmes musulmanes. Qu’il soit cohérent ou ambigu, opportuniste ou sincère, le discours de Tarik Ramadan confère à son auteur une popularité auprès de tous ceux qui, en proie à une crise identitaire profonde, sont en quête d’une nouvelle lecture de la religion en phase avec les exigences du monde moderne. “ Oui, nous pouvons vivre avec notre temps en restant fidèles à nos principes“, martela M. Ramadan lors de sa prestation à la Fondation Allal El Fassi, ajoutant que les “savants doivent effectuer un aller-retour permanent entre le texte et le contexte pour répondre aux défis qui se posent aux Musulmans“. Comment arriver à sortir l’Islam du rigorisme où il est maintenu jusqu’à la caricature ? Telle est la question. Une chose est sûre : la spiritualité en général est un acte individuel. Elle ne doit pas être une affaire communautaire. Que celui qui veut pratiquer la religion le fasse en toute liberté sans qu’il cherche à l’imposer aux autres étant entendu que chacun assume ses responsabilités. Comment la nation musulmane peut-elle concilier efficacement tradition et modernité alors qu’elle autorise ou tolère la création de partis et de courants d’essence religieuse qui, la démagogie et l’embrigadement aidant, contribuent finalement à créer et à entretenir un climat d’insécurité religieuse et d’insécurité tout court?

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