Éditorial : Rendre des comptes

A quelque chose malheur est bon. Le scandale de l’Association de bienfaisance de Aïn Chock, débusqué par S.M le Roi lors de dernière visite de terrain à Casablanca, a suscité un sursaut salvateur. Celui de poser pour la première fois le problème de la gestion des orphelinats au Maroc. Une gestion qui péche par beaucoup de défaillances et d’insuffisances sur fond de laissez-aller et de complaisance gravissimes. Ce n’est pas étonnant dans ces conditions  qu’existent des anti-exemples flagrants comme celui de Aïn Chock.
Aujourd’hui, il s’agit de revoir de fond en comble le fonctionnement de ces institutions en commençant d’abord par changer leur statut régi par le Dahir de 1958. Ensuite, il est nécessaire de mettre fin à l’informel qui caractérise le circuit des donations. Une situation propice aux malversations, à la mauvaise gestion et aux différentes formes d’incurie.  En effet, il n’est pas normal que les fonds de la bienfaisance, fussent-ils privés, n’obéissent pas à un minimum de procédures clairement établies : il faut que l’argent des mécènes puisse être collecté par une institution étatique comme l’Entraide nationale avant d’être distribué aux orphelinats qu’elle gère dans le pays selon les besoins de chacun. La subvention personnelle et directe doit pouvoir cesser pour un usage optimal et transparent qui profite à la population-cible. Celle-ci, qui se compte par plusieurs dizaines de milliers, a besoin aussi, au-delà du gîte et du couvert, d’être prise un peu plus en considération. Que deviennent les pensionnaires de ces maisons une fois qu’ils quittent leur “cocon“ habituel ? Arrivent-ils à trouver une situation professionnelle et à s’intégrer dans la société ? Pour le moment, personne ne sait ce que devient un orphelin.
C’est d’une entreprise de modernisation en profondeur de cette action humanitaire qu’il s’agit. Elle doit également englober l’obligation de rendre et de publier des comptes certifiés et une forme d’exigence dans le choix rigoureux des hommes composant les bureaux des orphelinats. Ceci doit être valable pour toutes les autres associations qui militent dans le domaine social. Là aussi, il y a beaucoup de choses à revoir, notamment la manière d’utiliser les moyens récoltés.
Devenus prioritaires au Maroc après avoir longtemps été le parent pauvre des politiques gouvernementales du passé, les secteurs sociaux et la solidarité ont besoin plus que jamais d’une mise à niveau globale à même de les mettre à l’abri des dérives et des rapaces. C’est d’autant plus vrai que l’argent généré par ce type d’action est assez énorme. N’importe qui peut aujourd’hui créer une association et bénéficier d’une subvention sans qu’il soit obligé de rendre des comptes ou de réaliser des objectifs alors que la Fondation Mohammed V pour la solidarité se livre régulièrement à cet exercice de transparence en publiant ses comptes.

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