Européens et africains scellent à Rabat un partenariat inédit sur l’immigration

Les ministres de 57 pays devaient clôturer en fin de matinée la Conférence euro-africaine sur la migration et le développement" par l’adoption sans surprise d’un "Plan d’action", comprenant en réalité 62 recommandations alliant aspects sécuritaires et de développement, et d’une déclaration politique.

Au-delà de ce catalogue de bonnes intentions censé "répondre à l’urgence" et à l’émotion née des drames de l’immigration clandestine dans les enclaves espagnols de Ceuta et Melilla au nord du Maroc, et aux Canaries, on retiendra surtout la portée symbolique de cette conférence inédite.

C’est la première fois en effet que les chefs de la diplomatie et ministres de l’Intérieur de pays africains d’origine et de transit de l’immigration et des pays d’accueil européens tentaient d’apporter une réponse commune à un phénomène socialement et politiquement explosif sur les deux continents.

Au chapitre répressif, le Plan d’action de Rabat préconise en particulier la "mise en place, dans le respect de la dignité et des droits fondamentaux des personnes de systèmes efficaces de réadmission dans l’ensemble des pays concernés" des émigrants entrés irrégulièrement en Europe.

Il prône des "campagnes de sensibilisation pour les immigrés potentiels sur les risques de l’immigration illégale", la dotation des pays africains d’une "base de donnée numérisée pour lutter contre l’immigration clandestine", un "renforcement de la coopération judiciaire et policière contre la traite des êtres humains et contre les filières d’immigration illégale".
"Favoriser, "prévoir", définir", "renforcer": ce volet sécuritaire est contrebalancé par l’engagement peu concret des pays européens de contribuer au développement des pays situés sur "la route de l’immigration clandestine", afin d’y fixer les candidats potentiels à "l’Eldorado européen".

Le Plan d’action de Rabat, élaboré début juin lors d’une réunion d’experts à Dakar évoque notamment "l’identification et la réalisation de projets de coopération dans certains domaines générateurs d’emploi (agriculture, artisanat, tourisme, pêche) ciblant les zones de forte immigration (…)".

Il encourage des incitations financières et fiscales aux diasporas africaines légalement implantées en Europe à participer à travers au "co-développement" de leur pays d’origine en redirigeant leur épargne vers le secteur productif.

En réponse aux inquiétudes africaines sur les risques de "fuite des cerveaux" que suscite la volonté affichée par la Paris et Madrid de favoriser une immigration légale "choisie", le Plan d’action préconise notamment "une politique incitative au retour, en direction des étudiants africains".
Mais le partenariat de Rabat reste peu disert sur les moyens financiers de sa politique, évoquant notamment le "recensement" et l’"optimisation des fonds et des moyens institutionnels existants"… sans citer aucun chiffre.

La Conférence de Rabat n’a pas convaincu les ONG marocaines de défense des droits de l’Homme et les clandestins africains au Maroc, qui ont dénoncé lundi son "approche sécuritaire" et "l’hypocrisie" de ses plaidoyers pour le développement, lors d’un sit-in symbolique devant le Parlement marocain.

Les ministres africains, très discrets à la conférence de Rabat, semblaient plus mandatés en observateurs que décideurs par leurs chefs d’Etats. "Un menu" où choisir, c’est d’ailleurs en ces termes que le secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao), Mohamed Ibn Chambas, a qualifié lundi le Plan d’action de Rabat, pour signifier que les pays africains ne se sentiraient pas forcément liés par toutes ses dispositions.

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